Bienvenu sur www.francianyelv.hu   A kijelölt francia nyelvű szöveg felolvasásához kattints a hangszóróra! Bienvenu sur www.francianyelv.hu GSpeech

François Hollande vient de rappeler (1) la responsabilité de „la France” dans la raffle du Vel d’Hiv où, les 16 et 17 juillet 1942, 13 000 Juifs, dont 4000 enfants, furent envoyés dans les camps de la mort. Des Juifs arrêtés à Paris non par des soldats allemands, mais bel et bien par leurs compatriotes, des policiers français.{nomultithumb}

Une déclaration qui a aussitôt suscité une vive polémique; certains, indépendamment de leur appartenance politique, ayant amèrement regretté ces propos, au prétexte que „la France” n’est pas solidaire du régime de Vichy. Personnellement, si j’avais déjà approuvé les propos tenus par Jacque Chirac 18 ans avant, j’aurais aussi tendance à approuver ceux récemment tenus par son successeur, bien que ce dernier aille beaucoup plus loin (1). Car, même si le régime du maréchal Pétain ne s’appuyait sur aucune délégation du peuple, partant était illégitime, voire illégal, nous ne saurions pour autant échapper à notre passé, quel qu’il soit, et devons avoir le courage et l’honnêteté de l’assumer (2).

Si j’avais déjà approuvé les propos tenus par Jacque Chirac 18 ans avant, j’aurais aussi tendance à approuver ceux récemment tenus par son successeur, bien que Hollande aille beaucoup plus loin.

Si j’évoque cela depuis Budapest, c’est pour réagir à des reproches et assauts que j’ai dû mille fois subir ici. A savoir que durant ces années d’occupation, le peuple français, faisant preuve de lâcheté, aurait activement collaboré avec l’occupant, quasiment „en bloc”. Une généralisation qui m’est particulièrement pénible.

Je ne veux pas tomber dans le piège dangereux et malsain des comparaisons. Néanmoins, les reproches que j’accepterais d’un Anglais ou d’un Canadien, je les supporte moins venus d’ici, pays qui a laissé (ou „fait”) déporter près de 600 000 Juifs, même s’il eut aussi ses résistants (d’ailleurs souvent mal connus, dont près de 800 „Justes”).

Si je ressens ce besoin de réagir, c’est pour honorer la mémoire de celles et ceux qui, d’une façon ou d’une autre, luttèrent en France contre l’occupant. Et Dieu sait qu’ils furent nombreux, „Justes” reconnus (près de 4000), ou héros anonymes.

Lors d’un séminaire organisé voici quelques années à Paris dans les locaux de l’Assemblée nationale sur le thème „Ceux qui surent dire non”, je fus impressionné par le nombre des témoignages sur ces petits fonctionnaires, employés de mairie, de préfecture ou de police, qui chacun chacune selon ses moyens, prirent des risques énormes pour sauver des compatriotes juifs des griffes de l’occupant. Par exemple en leur établissant de faux papiers ou en les avertissant d’une prochaine descente de police.

L’immense majorité sont restés anonymes. D’autres sont connus, le plus souvent pour avoir été arrêtés et déportés. Tels ce secrétaire de mairie alsacien Paul Mathéry , déporté et mort au camp de Mathausen ou son compatriote Paul Graffot, déporté à Buchenwald ou encore le gendarme de Riom Marcel Berger, mort au camp de Flossenburg. Tels les membres du commissariat de Nancy qui s’entendirent tous les sept pour suivre leur chef Edouard Vigneron et sauver 350 des 380 les Juifs étrangers de la ville (raffle du 19 juillet 1942) et les aider à passer en zone libre. (3) Et nous pourrions citer les exemples à l’infini.


Et je n’ai pas évoqué ici les réseaux de la résistance ni le sort de ces milliers de jeunes, très jeunes qui quittèrent leur famille pour prendre le maquis et lutter les armes à la main contre l’occupant (Vercors, plateau des Glières). Nombreux furent pris et je préfère passer sous silence le sort que leur réservaient les Allemands (par ex. pendus la tête en bas). Sans parler des noms de Jean Moulin, Guy Moquet ou ceux des villages incendiés en représailles avec leurs habitants par les SS, tels Oradour-sur-Glane dans le Limousin ou le petit village de Planchez dans le Morvan (10, 25 juin 44).

Je vais maintenant écrire une chose horrible qui va choquer: si 13 000 Juifs ont été pris au soir du 17 juillet 1942, les autorités allemandes en attendaient 22 000; ce qui veut dire que 9 000 sont passés à travers le mailles du filet. Grâce à la complicité de leur entourage. Remarque choquante car on pourrait croire que je cherche par là à relativiser le drame, ce qui n’est bien évidemment pas le cas. Mais je voulais juste apporter une réponse aux remarques si méprisantes maintes fois entendues. Je ne sais combien de Juifs ont pu être sauvés en Hongrie. Certes, il y eut la résistance de dernière minute de l’amiral Horthy pour sauver les 200 000 Juifs de Budapest. Il n’empêche que, dans une phase précédente, 400 000 avaient été déportés de province, et que le régime des Croix fléchées qui suivra se chargera avec le plus grand zèle de régler – avec sadisme – le sort des „rescapés” du ghetto de la capitale. Certes, il y eut – outre les interventions connues de diplomates étrangers, dont Raoul Wallenberg - des actions courageuses, telles les protestations du cardinal Mindszenty (4), alors évêque de Veszprém, qui lui valurent d’être interné par les Croix fléchées.

Comme on le voit, la Hongrie connut aussi ses résistants et Justes. Encore une fois, ne tombons pas dans le piège de la comparaison (d’autant que les contextes étaient si différents!). Et encore une fois, si j’ai évoqué la résistance de nombreux Français, cela ne disculpe en rien ceux qui cédèrent aux démons de la collaboration ou simplement – et plus généralement – à la passivité. Mais je me devais de réagir contre un préjugé trop répandu.

***

Par contre, je serai nettement moins nuancé pour ce qui est de la position des gouvernants en place. Alors que partout en Europe, les déclarations et cérémonies pour une reconnaissance des crimes commis au cours des années quarante se sont multipliées depuis déjà belle lurette (avec un coup de chapeau au passage aux Allemands), j’attends toujours en Hongrie un signe quelconque dans ce sens.

Or, c’est plutôt dans le sens inverse que me semble aller la tendance...

A commencer par la nouvelle Constitution (Loi fondamentale) qui efface purement et simplement cette période de l’Histoire hongroise (5) („cachez-moi ce crime que je ne saurais voir!”). Une aberration: on aura beau faire, aucune phrase, aucun détachant, même le plus puissant, ne pourra effacer le passé, quel qu’il soit.

Et ce ne sont pas les événements récents qui vont nous rassurer. Nous avons tous en tête cette affaire Csatáry, reconnu le plus grand criminel nazi encore en vie dans le monde. Expulsé du Canada, réfugié en Hongrie (en plein centre de Budapest!) depuis plus de 15 ans, dont la présence a été révélée, preuves et détails précis à l’appui au procureur de la République en septembre dernier, sans que rien ne fût entrepris à son encontre durant onze mois (6). Egalement en tête le souvenir d’un autre bourreau, Sándor Képíró (décédé depuis) qui fit tout bonnement l’objet d’un non-lieu par le tribunal de Budapest et dont de nombreux „sympathisants” s’apitoyèrent devant le „harcèlement” entrepris contre ce pauvre vieillard ! (7)

Sans parler de cette cérémonie à la gloire de l’écrivain nazi József Nyírő, à laquelle participa en grande pompe le Président de l’Assemblée nationale hongroise László Kövér. József Nyírő qui suivit dans leur exode les Croix fléchées à Sopron où celles-ci exécutèrent par pendaison le résistant Endre Bajscy-Zsilinszky l’avant-veille de Noël 1944.. Un détail que László Kövér, distrait, a oublié de mentionner dans son éloge...

Bref, si enclins (à juste titre) à se proclamer victimes de l’Histoire, les dirigeants hongrois (et une partie de l’opinion publique) le sont nettement moins lorqu’il s’agit de regarder en face les erreurs ou crimes (car il y en eut...) du passé.


Budapest I. kerület, Országház u. 28.

Pour terminer, je voudrais juste mentionner une plaque qu’il m’a été donné de découvrir récemment - bien que posée il y a 20 ans - dans le quartier du Château de Budapest et qui m’a particulièrement ému. Elle évoque le souvenir de résistants torturés et liquidés par la Gestapo dans le beau bâtiment de l’ancien parlement (régi Országház), à l’époque ministère de l’intérieur (8). Y figurent pêle-mêle les noms d’hommes et femmes de pays aussi divers que, outre la Hongrie,l’Allemagne, les Etats-Unis, la Bulgarie, la Russie, la Pologne, l’Italie et la France... Je voulais ici leur rendre hommage, de même qu’un hommage doit être rendu aux si nombreux Hongrois qui luttèrent dans les réseaux de résistance en France.

Les officiels hongrois ne jugeant apparemment pas utile d’évoquer ces faits (la plaque émane d’une association privée), il faut bien que d’autres le fassent à leur place...

-------------------------

(1) En 1995, Jacques Chirac avait officiellement reconnu la responsabilité de l’Etat français. Hollande va plus loin en parlant plus généralement de „la France”.

(2) Protestations nombreuses, dont celles de Henri Guaino et Jean-Pierre Chevénement. Au sujet de la continuité ou non du régime de Vichy avec la Troisième République, le débat n’est pas clos, bien que la thèse de son „inconstitutionnalité” (René Cassin) semble plus généralement acceptée.

(3) épisode qui a inspiré un excellent film „Le temps de la désobéissance” réalisé par Patrick Volson (disponible en DVD).

(4) De son vrai nom József Pehm, Mindszenty fit changer son nom dès 1941, pour en supprimer la connotation allemande.

(5) rejetée en bloc: toute la période du 19 mars1944 au 2 mai 1990, de l’arrivée au pouvoir des redoutables Croix fléchées à l’abolition du régime communiste.

(6) personnellement responsable ou complice actif de l’envoi de 15 700 Juifs dans les camps de la mort et au comportement particulièrement sadique, notamment avec les jeunes femmes. Aujourd’hui âgé de 97 ans. Retrouvé par les membres de la Fondation Simon Wiesenthal.

(7) Dont Mária Schmidt (Directrice de la Maison de la Terreur), précisément celle que j’ai entendu sur les ondes qualifier la France de „inexistante et lamentablement couchée devant l’occupant durant la guerre”, faisant entre autre impasse sur un certain Charles de Gaulle et son appel du 18 juin....

(8) Budapest I. kerület, Országház u. 28.

A kijelölt francia nyelvű szöveg felolvasásához kattints a hangszóróra! Francianyelv.hu felolvasó