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Dans ses Mémoires, Jacques Chrirac écrit en substance: „Alors que le patriote aime les siens, le nationaliste hait l’étranger”. Cette phrase m’est revenue à l’esprit lorsque j’ai récemment assisité à une conférence sur le thème: „Devons-nous être Européens ou Hongrois? Patriotisme et nationalisme.”  (Budapest, Cercle des Libéraux de Buda.)

Animé par Gábor Kuncze et traité avec brio par l’écrivain György Konrád et la linguiste Klára Sándor, voilà un sujet qui fait couler beaucoup d’encre de nos jours un peu partout en Europe, certes, mais particulièrement en Hongrie.

Premier constat: ne pas enfermer dans un Etat (unique et exculsif) la culture et la langue d’un peuple. Les deux notions sont totalement distinctes. Exemple: la culture française déborde largement des frontières de la France pour se retrouver tout aussi bien en Belgique qu’en Suisse voire au Québec. Idem pour les cultures et langues germanique ou anglaise, par exemple. Une évidence, me dira-t’on, mais qui ne l’est pas tant, vu de Budapest. Du moins selon les préceptes de l’actuel gouvernement qui assimile culture et citoyenneté hongroises. (De même qu’à l’inverse, un Etat peut fort bien être pluriculturel, cf. la Suisse.)

Autre malendendu: affirmer, comme l’a fait préremptoirement l’écrivain Gyula Ilyés, que l’on ne peut avoir qu’une seule identité, unique, exclusive, sans partage. Pour György Konrád, qui a sillonné le monde et résidé en Allemagne, notre identité s’assimile - outre le pays de nos origines - au milieu où nous vivons et où nous nous sentons chez nous. De même qu’un Breton de Paris se sent tout autant breton que parisien, un Parisien de naissance peut fort bien se réclamer de Budapest où il aurait ses marques sans avoir à subir l’obstacle de la langue et des différences culturelles. Nombreux sommes-nous, je crois, dans ce cas („párizsi pesti”, ou „pesti párizsi”, cela se lit dans les deux sens). György Konrád n’hésitant à rependre ici l’image classique d’un homme (ou d’une femme) qui aurait deux amours...

Quant à la notion de ce qui est foncièrement „hongrois” (ici fièrement appelé hungaricum), Klára Sándor tord le cou à un préjugé largement répandu: sans parler de la langue où les emprunts fourmillent (notamment slaves, latins, allemands et turcs), la gastronomie hongroise elle-même regorge de plats „nationaux” empruntés de l’étranger. A commencer par les plus typiquement magyars, comme le gulyás (soupe de goulache) ou le töltött káposzta (chou farci) hérités des Turcs. Ceci uniquement pour relativiser cette notion d’origine unique ou, pour les personnes, de „Hongrois de souche” („Honos magyar”, comme je l’avais vu fièrement arboré sur le T-shirt d’un voyageur dans l’avion au retour de Paris.). Car nous sommes tous plus ou moins mélangés et nous aurions plutôt à nous en féliciter. (Ce que j’écris vaut a fortiori pour nous autres Français...)

Qu’il n’y ait pas de malentendu. Il n’est nullement ici question de renier notre identité cultutrelle, bien au contraire. Nous devons la soigner et la respecter. Mais sachons aussi relativiser et la placer dans un contexte plus large, un contexte d”ouverture. Il est vrai qu’enfernés dans leur langue, hermétique aux étrangers, les Hongrois peuvent se sentir isolés et incompris. Raison de plus pour s’ouvir sur l’extérieur au lieu de se murer dans son microcosme. Notre identité culturelle? Je dirais plutôt „nos” identités. Car européens, les Hongrois le sont tout autant que d’autres. Il nous suffira, par exemple, de nous référer à ces poètes, peintres ou photographes hongrois dont on retrouve les noms sur les plaques d”immeubles parisiens (Ady, József, Rádnóti, Capa, Brássai); artistes ou autres qui ont aussi vécu à Munich ou Berlin où ils ont activement oeuvré à la création culturelle.

On peut donc fort bien rester fidèle à ses racines nationales (et régionales) tout en se sentant Européen à part entière. Pourquoi avoir à choisir ? L’un (Européen) n’exclut pas l’autre (Hongrois ou Français ou Allemand). Les deux sont intimement liés et ne peuvent être vraiment dissociés. Ceci pour répondre à une nouvelle mode favorisée par le gouvernement Orbán pour bien opposer les deux cultures, avec un prétendu „retour” vers de vagues origines plus ou moins asiatiques... A vrai dire, ce n’est pas tout-à-fait nouveau et l’on retrouve là une vieille théorie qui a déjà fleuri au début du siècle dernier, et surtout pendant l’ente-deux –guerres sous le régime Horthy. L’objectif d’alors: se détacher de l’Europe pour revenir dans l’orbite asiatique. Démarche où l’amertume engendrée par le Traité de Trianon avait sans doute joué un rôle. Mais avec aussi et surtout une approche raciale: de même que l’Allemagne glorifiait la race aryenne, il s’agissait de glorifier une prestigieuse race „touranienne” opposée aux „étrangers” impurs: colons allemands, mais aussi et surtout Juifs et Tziganes.

Certes, la motivation n’est plus tout-à-fait la même aujourd’hui (encore que...), et serait plutôt à rechercher dans un rejet de la bureaucratie des instances europeénnes, et surtout de ce qui est perçu comme une ingérence déplacée des médias occidentaux dans la politiqiue intérieure hongroise (au nom de la défense des Droits de l’Homme); mais aussi dans une réaction de xénophobie vis-à-vis des investisseurs occidentaux, en partie en réaction à la crise...

Et alors ? Il n’empêche que la Hongrie est bien parrie intégrante de l’Europe. Tel avait été le choix du roi Etienne qui avait choisi de recevoir sa couronne du pape Sylvestre (en l’occurrence un Français...). Etienne qui, il y a plus de mille ans, épousa une étrangère (Bavaroise) et mit en garde son fils de ne pas s’enferner, „un peuple qui ne sait pas assimiler les autres et leur culture étant condamné à mourir.”

Puissions-nous aujourd’hui suivre son exemple!...

PW - 2 oct. 2013 

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