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Vu sa grande taille, je suppose que le général de Gaulle doit avoir bien du mal à se retourner dans sa tombe. Et pourtant, il y aurait de quoi. Un journaliste français vient de lui comparer Viktor Orbán, chef du gouvernement hongrois (*). Déjà, rien que par la taille,  la différence me semble énorme, mais je pense ici surtout à la taille „morale”. Un nain face à un géant....

Un parallèle que l’auteur dudit papier établit par exemple entre le parcours des deux hommes dans la résistance...  Comparaison démesurée, voire outrancière, pour ne pas dire ridicule... Pour de Gaulle, inutile de rappeler le contexte de juin 40, ni de retracer une histoire des mouvements de la Résistance. Pour le „résistant” Orbán, sachons juste que, s’il eut certes le courage de tenir en juin 1989 un discours enflammé contre l’occupant soviétique - il avait 26 ans – je doute fort, malgré tous ses mérites, que Gorbatchev en fût autrement intimidé. Mais une comparaison surtout choquante quand on sait que Viktor Orbán participe ouvertement à la réhabilitation de l’amiral Horthy alors que de Gaulle, lui, se vit condamné à mort par le régime de Pétain ... Horthy dont il serait superflu de rappeler ici les vertus. Sans compter la réahabilitation d’écrivains nazi, tel József Nyírő, par son fidèle ami László Kövér, pésident de l’Assembleé nationale...

Dans un tout autre domaine, Yves-Michel Riols affirme sans complexe que Viktor Orbán „mène une politique économique de gauche”.  En effet: réduction du taux d”imposition de 32% à 16% sur les hauts salaires (coût annuel: 500 milliards de forints - quand de Gaulle augmenta de près de 80% la tranche supérieure dès 1958...), suppression du dégrèvement fiscal sur le salaire minimum, TVA de 27% sur les produits de première nécessité. Bref, „à gauche” tout cela... Sans compter, au plan social, la limitation à trois mois des indemnités de chômage, le licenciement des fonctionnaires sans motif ou encore la confisaction  pure et simple des fonds de pension privés.... (Alors que de Gaulle instaura entre autres la Sécurité sociale et prôna la participation). Bon, mais n’engageons pas ici un débat qui nous ménerait bien trop loin.

Côté institutions? Yves-Michel Riols nous apprend que „Viktor Orbán respecte l’Etat de droit, puisqu’obligé de céder aux avis de la Cour constitutionnelle.”  Sauf,  mon cher, que ses députés se sont à au moins deux reprises empressés d’amender la constitution pécisément pour rogner sur les compétences de la Cour et en  rendre de fait (et de droit) les décisions caduques. 

Et ceatera, et caetera. Avec, bien sûr, un couplet sur la souveraineté (la tentation était trop grande). Sauf que les contextes sont totalement différents. Même s’il prôna la „défense tous azimuths” et sortit, non de l’Otan, mais de sa structure militaire (commandement intégré), même s’il s’opposa aux instances d’un Lecanuet pour hâter l’intégration européenne par une Europe politique, de Gaulle n’en fut pas moins profondément attaché aux valeurs de l’Europe (cf. le rapprochement franco-allemand), voire  d’une Europe ouverte vers l’Est (visionnaire). Et ... respecté de par le monde: cf. l’appel de Kennedy qui le consulta avant d’intervenir sur la crise de Cuba. Orbán serait-il autant écouté, respecté?

Et si de Gaulle eut à faire face à une opposition pour le moins pugnace, rappelons que ce fut surtout celle de l’OAS et des partisans de l’Algérie française. N’oublions pas son action de décolonisation. J’y vois dans la philosophie tout le contraire de l’approche nationaliste voire ethnocentrique d’un Viktor Orbán...   

Une toute dernière remarque au sujet de la centralisation. Cest précisément en voulant encourager la décentralisation que de Gaulle échoua et quitta le Pouvoir au pintemps de 1969. Tout le contraire en Hongrie. Quand j’écris que de Gaulle échoua et quitta le Pouvoir, ce fut volontaire. Il le fit face à 52% de rejet. Aujourd’hui, si le parti d’Orbán se maintient avec un noyau dur de 25 % de l’électorat, 55% des sondés disent vouloir changer de gouvernement (dernier sondage Medián)....  Viktor Orbán n’en continue pourtant pas moins de se présenter comme soutenu par l’ensemble du peuple... Peut-on imaginer un VO démisionnant sur 52% de rejet?  Utopie...

Pour terminer, revenons sur la première phrase de l’article: „Tout au long du XXème siècle, la Hongrie a été un laboratoire des bouleversements du continent européen.”  Certes.... , par exemple avec les lois antijuives votées dès 1920. Oui, un précurseur! 

Paru à point avant la séance du Parlement de Strasbourg qui traitera du „problème hongrois” (**),  je soupçonne le papier d’Yves-Michel Riols d’avoir été, sinon „télécommandé”, du moins inspiré par une arrière-pensée qui va bien au-delà du pur discours objectif.

Un article qui ne servira pas la bonne réputation de ce grand quotidien. Dommage!...

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(*): „La posture gaulienne de Viktor Orbán” par Yves-Michel Riols, Le Monde du 12 avril 2013.
(**): mercredi 17 avril.

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