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C’est en 2002 qui fut attribué le dernier (et unique) prix Nobel de littérature à un Hongrois: Imre Kertész pour l’ensemble de son oeuvre, dominé par ce poignant récit autobiographique qu’est „Etre sans destin” („Sorstalanság”). Un ouvrage au demeurant tragique (la déportation), bien que traité sur un ton parfois ironique.

Je ne sais si le prix Nobel, généralement attribué pour des ouvrages sérieux, peut aussi récompenser des oeuvres satiriques ou burelesques. Probablement est-ce arrivé (je n’ai pas consulté la liste). Je pense à des auteurs comme Kárinthy ou Kosztolányi en Hongrie (encore que celui-ci ait aussi brillé dans le genre sérieux), Boulgakov ou Mikhail Zochtchenko en Russie, Jarolav Hašek chez les Tchèques, Pierre Courteline et Alfred Jarry en France.

Aujourd’hui, un collectif hongrois me semble particulièrement intéressant par la richesse et l’originalité de son oeuvre. Il se présente sous le pseudonyme de Fidesz et oeuvre activement depuis un peu plus de deux ans.

Un peu comme cette ville bizarre décrite par Kosztolányi (Kornél Esti) où le mensonge est banni et la vie impossible, nos écrivains du groupe Fidesz ont eu l’idée géniale d’inventer une cité où se passeraient des choses encore bien plus inédites. J’en citerai quelques chapitres au hasard.

Par exemple celui où le Bourgmestre décide de frapper d’un impôt tous les chiens de la cité, impôt dont le montant varierait en fonction de la dangerosité de l’animal, mais dont seraient dispensés tous les chiens (même dangereux) dont il serait prouvé qu’ils sont de race locale pure, descendant en ligne directe de leurs ancêtres lorsque fut fondée la cité. (Pour ce qui est de la dangerosité, j’aurais pour ma part prévu une dispense pour les chiens édentés... Mais on ne pas penser à tout). (1)

Et cet autre chapitre où les auteurs ont eu l’idée cocasse d’imposer une amende d’un demi-mois de salaire à tout citoyen (ou touriste) se promenant la cigarette au bec à proximité d’une station de bus ou de tram (distance en mètres et centimètres non précisée, à l’appréciation de l’agent). Et, encore mieux, celle d’imposer un gros mois de salaire à quiconque serait surpris à s’installer de façon durable sur la voix publique de ladite cité. Bref, la nuit à 550 euros sous un pont ou sur un banc, contre 150 euros dans un hôtel 4 étoiles. Pas mal, l’idée, non ? Sinon, embarqué au poste (où il aura au moins droit à une nuit au chaud ....en attendant les travaux forcés pour rembourser l’amende ?). (2)

Dans un tout autre genre, j’ai beaucoup aimé ce chapitre (quelques pages avant) où l’on parle d’une Loi fondamentale qui régirait la Cité. J’ai d’abord cru à un missel ou à un livre de prières, car il y est tout le temps question de Dieu et de profession de foi (avec même une partition...). Mais non ! En tous les cas, il doit s’agir de quelque livre sacré, car il est prescrit de le présenter sous verre sur une table dignement décorée, par exemple de fleurs (sorte d’autel), ouvert à une page bien précise par un signet aux couleurs nationales, le tout sous la surveillance permanente d’une sorte de sacristain. (Pésentation dans chaque mairie dans un espace consacré, surveillé par un agent municipal) (3).

Et aussi cette idée (un peu plus banale, je reconnais) de faire payer à chacun de leur passage les chars et carosses qui traverseraient les ponts de la Cité.

Comme on voit, nos amis ne manquent pas d’imagination.

Dans cette fameuse cité, il est aussi question de déplacer sans cesse des statues, un peu comme de chaises musicales (habile, car ça met un peu de mouvement dans le scénario) et de changer les noms des places. Par exemple de rebaptiser la place de la République en „place du Pape Jean-Paul II” ou de créer une „place Elvis Presley”.(4)

Et pour conférer à l’ensemble cette petite note d’exotisme qui donne du piquant à l’histoire (un peu à la Michel Strogoff), y sont également introduits des personnages hauts en couleurs issus des steppes de l’Asie centrale, cousins des habitants de la cité. Fiers cavaliers moustachus armés d’arcs et de flèches, ils ne seront probablement pas de trop pour repousser le siège de ces horribles monstres venus de l’empire malfaisant du soleil couchant... Mais aussi, pour équilibrer le tout, avec un intermède - fort réussi - de danses rituelles par un chaman, et même quelque passages du texte rédigés dans une écriture bizzarre dite „runique” (se procurer un dictionnaire chez le bouquiniste..). /Passage rédigé avec la collaboration d’un collectif caché sous le pseudonyme de Jobbik/

Bref, un ouvrage qui ne péche pas par manque de fantaisie.

Je vais m’arrêter là, car j’en ai déjà trop dit et je voudrais réserver le suspense au lecteur.

Un souhait: que cela soit traduit dans le plus de langues possible. Au moins, cela rapporterait des droits d’auteur qui auraient l’avantage de renflouer une caisse pratiquement vide.

Et puis, pouquoi pas, peut-être avec un prix Nobel à la clé, qui sait? ...De littérature, s’entend (...pas de la paix).

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(1) Hu-lala du 7.XII.2011 „Une taxe qui a du chien”

http://www.hu-lala.org/2011/12/07/une-taxe-qui-a-du-chien/

(2) France 24 du 5.XII.2011 „Les SDF passibles d’amendes... pour dormir dans la rue”

http://observers.france24.com/fr/content/20111205-sdf-hongrois-passibles-d%E2%80%99amendes-pour-dormir-rue-prison-pauvrete

(3) Le Petit journal du 2:IX.2011 „Mme Ubu à Budapest”

http://www.lepetitjournal.com/budapest/a-la-une-budapest/84504-opinion-mme-ubu-a-budapest.html

(4) notamment devant le Parlement d’où sont ou seront bannis des personnages ayant eu un rapport quelconque avec les idées du communisme (le comte Mihály Károlyi, le poète József Attila ou même ce pauvre Imre Nagy), mais où a déjà sa place - à proximité - ...le grand héros du Far West Ronald Reagan.

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