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Egy francia Magyarországon - Pierre Waline blogja

Francia születésű, nyugdijas vagyok, Pesten élek. Szeretek itt élni, szeretem Magyarrszágot, a nyelvet, a kultúrát, de jó néha hazamenni Párizsba is. Szeretem a klasszikus zenét. Fontos számomra a kommunikáció, meg a harc az intolerancia és a rasszizmus ellen.

Bof....
Déteste par dessus tout l'intolérance, le nationalisme et le racisme, encore trop répandus...
Mindenek elött a nacionálzmus, az intolerancia és a racizmus ellen szeretnék küzdeni, amelyek sajnos tul gyakori jelenségek a mai világban...

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Pour le marathon qui se tient chaque début d´année au Palais des Arts de Budapest, ses organisateurs ont choisi de célébrer cette année Richard Strauss. Pour mémoire, il s´agit d´une manifestation qui se tient depuis 2008 en chaque début d´année sur une journée de concerts non-stop dédiée à un compositeur (ou couple de compositeurs) donné, montée en commun par Iván Fischer et son orchestre et les animateurs du Palais des Arts. Richard Strauss… A vrai dire, un compositeur que j´avoue mal connaître, mis à part ses grands poèmes symphoniques et deux de ses opéras (Salomé, Le Chevalier à la rose). Et encore… Mal connaître et juger un peu sévèrement. Ce qui est probablement injuste, d´aucuns le considérant comme le maître incontesté du maniement de l´orchestre. Deux exceptions, toutefois: ses merveilleux Quatre derniers lieders et son truculent Till Eulenspiegel (et aussi la Danse des sept voiles de Salomé et quelques passages du Chevalier à la Rose). Une occasion, donc, de mieux le connaître et - qui sait ? - de réviser éventuellement mon jugement. Pour le servir, les cinq formations habituelles: les orchestres Máv, Győr (sous la baguette d´un jeune de 26 ans!), Pannon, Concerto Budapest et l´Orchestre du Festival (en concert de clôture, accompagné par la soprano australienne Eleanor Lyons dans les Quatre derniers lieders).

Manifestation suivie, en partie seulement, via les retransmissions en ligne. Au cours de laquelle j´aurai déjà beaucoup appris sur l´homme. Qui fut également un chef d´orchestre apprécié, formé auprès de Hans von Bülow, formé également par son père, premier corniste, réputé, au sein de l´orchestre de Munich, de goût classique, farouche anti-wagnérien (!). Comme chef, on nous apprend qu´il fut le seul chef étranger (avec Puccini) à avoir dirigé un de ses opéras à Budapest. Autre nouveauté pour moi: son amitié avec Romain Rolland, ce qui est une référence.

Les oeuvres inscrites au programme: Don Quichotte, Une vie de héros (oeuvre autobiographique), Don Juan, Ainsi parlait Zarathoustra et les Quatre derniers lieder. Là-dessus, rien à redire, sinon – pour celles que j´ai entendues – qu´elles furent fort bien interprétées, avec brio. Par contre, ce qui a constitué à mes yeux (...oreilles) une nouveauté: sa musique de chambre, concertante et instrumentale. Tout d´abord Burelesque pour piano et orchestre (Dénes Varjon, orch. Máv). Surprise plutôt agréable. Une oeuvre menée tambour battant (c´est le cas de le dire) que je me risquerais à apparenter – de loin – à Liszt. Quant à la musique instrumentale, ce fut peut-être là ma plus grande et agréable surprise avec les pièces pour piano (fort bien servies par János Palojtay) Stimmungsbilder et surtout les charmantes „Pièces op.3”, dignes de Schumann. Surprenant. Pour le reste: des oeuvres de musique de chambre interprétées par des membres de l´Orchestre du Festival: Andante pour cor et piano (quelconque), un Quatuor avec piano (le style de Brahms, mais en moins étincelant) et, pour terminer, une sonate piano-violoncelle - … qui m´a passablement ennuyé. Également au programme, mais non entendue: une sonate piano-violon. Et, j´allais oublier: le concerto pour cor que je connaissais déjà, une oeuvre séduisante. Enfin, le clou: la transciption pour piano et vents de Till l´espiègle (Eulenspiegel). Pour le coup une agréable surprise. Une réduction qui met parfaitement en valeur le côté savoureux de l´oeuvre, chaque instrument apportant tour à tour sa petite touche de fantaisie, renforçant la clarté de l´ensemble et en en rendant tout le sel, en en soulignant la pointe d´humour.

A part cela, rien à ajouter.

 

                  

Ce samedi 22 janvier était également la „Journée de la Culture hongroise”, célébrée chaque année depuis 1989 en souvenir de la publication du texte du futur hymne national par le poète Kölcsey (le 22 janvier 1823 (1)). Date choisie pour inaugurer la Maison de la Musique hongroise (Magyar Zene Háza) qui vient d´ouvrir ses portes en bordure du Bois de la Ville. Inauguration en grande pompe par le Premier ministre Viktor Orbán initiateur du projet (qui n´a malheureusement pu s´empêcher d´y mêler la politique et ses joutes (2) ).Un bâtiment tout en verre à l´esthétique qui semblerait a priori plutôt réussie, dû à l´architecte japonais Sou Fujimoto. Un bel écrin, donc, mais qu´y mettra-t´on? Cela reste à voir. Salle de concert, salles d´expositions, espaces didactiques, et le reste? Le mieux sera de nous y rendre pour juger sur place. D´ores et déjà y sont programmés des petits récitals. Une question (avec ces structures en verre): l´acoustique. Faisons confiance à l´architecte, en attendant de venir juger par nous-même.

A suivre.

Pierre Waline 24 janvier 2022


(1): la musique en fut composée vingt ans plus tard (1844, par Ferenc Erkel) .

(2): une construction vivement contreversée, du fait qu´elle empiète sur le Bois, de même que d´autres bâtiments (musées) prévus aux alentours.

 

 

Ce 26 janvier, Daniel Barenboim va se produire sur la scène de Budapest, accompagné par … son fils Michael. Au programme: des sonates de Mozart. Né en 1985, Michael Barenboim, dont j´avoue avoir jusqu´ici ignoré l´existence, est pourtant un violoniste, paraît-il, reconnu. Ayant entre autres enregistré pour Deutsche Grammophon (Beethoven, Mozart), ce qui constitue a priori une référence. Autre découverte, pour continuer la série: Maurizio Pollini a lui aussi un fils musicien, Daniele (44 ans), pianiste et chef d´orchestre, que l´on dit réputé au point de s´être produit régulièrement avec papa, lui au pupitre, Maurizio au piano.

Maurizio et Daniele Pollini

Certes, les „lignées musicales” de père en fils ne sont pas une nouveauté. Il nous suffira de nous rappeler le couple des deux György Cziffra père et fils, le premier au piano accompagé par le fils au pupitre. Ou encore, un peu plus loin, les violonistes David et Igor Oïstrakh ou les chefs Erich et Carlos Kleiber tout aussi célèbres et considérés l´un et l´autre comme des références absolues. Et nous pourrions encore remonter dans le temps. Je ne parle pas ici des fratries (soeurs Boulanger, frères Capuçon, soeurs Labèque, sans oublier Felix et Fanny Mendelssohn ou encore Joseph et Michael Haydn) ou parentés (Casadessus). ce qui nous mènerait trop loin. Mais des seules filiations père-fils/fille. Autre récente découverte: Claudio Abbado qui avait un fils lui-même chef d´orchestre: Daniele (64 ans), spécialisé dans le répertoire lyrique, lui aussi, paraît-il reconnu au point d´avoir dirigé au Royal Opéra de Londres (Covent Garden).

Une mode qui tend à se répandre. Pour en rester à la Hongrie, deux exemples bien connus du public: Zoltán Kocsis et son fils Krisztián. lui aussi pianiste, et Fülöp Ránki, excellent pianiste, qui se produit régulièrement avec ses parents. Moins connu, le chef Iván Fischer qui n´hésite pas à se produire avec sa fille Nora, soprane. Et ainsi de suite…

Certes, ce n´est pas entièrement nouveau. Il nous suffira de penser aux Bach père et fils (au pluriel...), aux Scarlatti (Alessandro, Domenico) aux deux Johann Strauss, ou encore, aujourd´hui oubliés, mais qui eurent leur heure de gloire, aux Philidor (André et François-André) (1). Mais aujourd´hui, le phénomène tend à se généraliser, ce dont nous ne nous plaindrons pas.

Alors? En attendant la suite avec la génération suivante? Pourquoi pas, après tout? Mais n´en demandons tout-de-même pas trop. Nous sommes déjà suffisamment gâtés ainsi. A suivre, donc...

Pierre Waline, 20 janvier 2022

(1): la famille (Danican-Philidor, XVIIe-XVIIIe) comptait non moins de quatorze musiciens. Un autre cas: Franz-Xaver Mozart, né peu avant la mort de son père. (Élève de Hummel et Saleri (!), un compositeur totalement ignoré, sinon traité par le mépris, qui nous a pourtant laissé des oeuvres à ne pas négliger.)  

 

Répandue dans les pays et régions francophones, la bûche constitue de nos jours un dessert indispensable pour couronner nos repas de Noël (1). Relativement récent, son usage ne s´est répandu qu´au lendemain de la Seconde Guerre (fin années quarante, années cinquante). Mais son origine remonte loin dans le temps, dès avant la propagation du christianisme. Dans les anciens temps, il était, en effet, d´usage de brûler plusieurs jours durant un tronc d´arbre en guise d´offrande aux dieux pour garantir une bonne récolte pour l´année à venir. Coutume qui se pratiquait lors du solstice d´hiver.

Coutume reprise au Moyen-Âge sous forme d´une grosse bûche qui devait se consumer le plus lentement possible – au moins trois jours – dans l´âtre pour garantir une bonne récolte. Dans certains cas arrosée de vin pour assurer le succès des vendanges, ou encore de sel pour chasser le sorcières. Occasion de réunir autour du foyer parents, voisins et amis. Avec de nombreuses variantes selon les régions. Provenant si possible d´un arbre fruitier ou porteur de glands, garants de fertilité. Tradition pratiquée à Noël.

C´est au XIXe siècle que sont apparues, sous des noms et formes diverses, les premières pâtisseries commémorant cette coutume. Mais ce n´est qu´au mileu du siècle dernier qu´elle s´est généralisée sous le nom et la forme que nous lui connaissons aujourd´hui.

La recette? On ne peut plus simple: beurre, sucre, vanille, farine, chocolat. Ajouter éventuellent des marrons et de la pâte d´amandes et arroser le tout de Grand Marnier. Mais prenez garde de ne pas trop arroser. Vous risqueriez de vous prendre …. un bûche.

PW, Noël 2021

(1): sorte de roulade que les Hongrois connaissent sous une forme assez voisine, baptisée „fatörzs” (tronc).   

Félicien David, un nom qui ne vous dira probablement pas grand chose. Et pourtant… Né en 1810 avec la génération des grands romantiques, ce compositeur eut un temps son heure de gloire. Personnage haut en couleurs, saint-simonien engagé, imprégné de culture orientale. Loué par ses contemporains, couvert d´honneurs, Félicien David nous a laissé de fort belles partitions, en partie inspirées de ses voyages en Orient, telle la cantate „Le Désert”, portée aux nues par Berlioz. De la musique de chambre et des opéras, dont „Lalla Roukh” qui eut à l´époque un grand retentissement. Autre oeuvre lyrique qui remporta un vif succès, „Herculanum”, présenté à Paris en 1859, suivi de 74 représentations, presque un record pour l´époque. Dont la critique - entre autres Berlioz - fit le plus grand éloge. Tombé par la suite dans l´oubli, ce compositeur, ancien élève de Cherubini, commence peu à peu à refaire aujourd´hui surface. Tel cet opéra mis ce soir à l´affiche à Budapest. Une première, occasion à ne pas manquer (2).

L´action: se déroulant dans la Rome du premier siècle, intrigues amoureuses et rivalités sur fond de lutte entre les mondes chrétien et païen. La reine Olympia a jeté son dévolu sur le jeune chrétien Hélios, fiancé à Lilia, autre chrétienne. Ce dernier, envoûté, tombe sous le charme de la reine et la suit, tandis que, seule et abandonnée, Lilia subit les avances du proconsul Nicanor, frère de la reine, heureux de lui annoncer l´infidélité de son amant. Avances que la jeune fille repousse devant un Nicanor qui se fait de plus en plus menaçant. Alors que le peuple fête l´union de sa souveraine avec le jeune Hélios, surgit le prophète Magnus qui maudit le couple et annonce un prochain malheur, sous la risée de la foule. Tiré de son rêve et pris de remords, Hélios finit par rejoindre Lilia dont il implore le pardon, pardon qui lui sera accordé avec la bénédiction du ciel. De nouveau réunis dans la foi, les deux amants déclarent ne plus craindre la mort qui les attend. Alors que Nicanor se dévoile, cynique et triomphant, comme n´étant en réalité autre que l´incarnation du Mal (Satan), le tout se conclut dans le cataclysme provoqué par l´éruption du Vésuve, châtiment du ciel qu´avait annoncé le prophète. Une oeuvre qui répondait au goût de l´époque, marquant la décadence du monde païen face à un christianisme triomphant.

Pour servir cette „création”, une équipe de chanteurs venue de France: la soprane Gabrielle Philiponet (Lilia), la mezzo-soprane Aude Extrémo (Olympia), le ténor Cyrille Dubois (Hélios) et le baryton Thomas Dolié (Nicanor/Satan) (3) auxquels s´était joint le baryton-basse américain Douglas Williams (Magnus). Accompagnés par l´orchestre de la Philharmonie nationale et le choeur national placés sous la direction de György Vashegyi.

Un opéra que Vashegyi situe à mi chemin entre le Don Carlos de Verdi et le Faust de Gounod. Une oeuvre qui les dépasse. Tant par sa tension dramatique qu´au plan musical. Une oeuvre forte, puissante, mais où le compositeur nous sert tout en même temps une partition mélodieuse et bien rythmée, facile à suivre. Et offrant un parfait équilibre entre choeur, solistes et orchestre. Une partition riche en effets spectaculaires, mais sans jamais tomber dans la facilité ou la grandiloquence. Telle cette scène finale du premier acte nous décrivant les ricanements de la foule, faisant fi du danger qui la menace, tandis que la terre se met à trembler sous ses pieds. Parmi les passages retenus par la critique, nous citerons la romance d´Hélios suivie d´un charmant duo avec Lilia au premier acte, soutenu par un solo du hautbois („Dans une retraite profonde..”). Ou encore au premier acte, cet air à boire d´Olympia accompagné d´une polonaise au rythme entraînant. Mais bien d´autres, encore. Berlioz ne s´était pas trompé en décrivant l´opéra de David dans les termes les plus flatteurs (4).

Le tout admirablement servi par un ensemble parfaitement rodé, tant pour ce qui concene les cinq solistes que le choeur et l´orchestre. Avec peut-être une mention particulière pour le ténor Cyrille Dubois, incarnant un Hélios, personnage faible, mais combien émouvant. Et tous, en fin de compte. Tant par la voix que par le physique qui collait parfaitement aux personnages (une Olympia superbe et hautaine face à une Lilia toute en tendresse et un Nicanor diabolique à souhait).

Nous avons cité plus haut Berlioz et la critique. Force est de constater que le public, non plus, ne s´y est pas trompé ce soir, distribuant bravi et accalmations à l´envi et réclamant de nombreux rappels. Seul regret, celui de ne pas découvrir l´oeuvre sur une scène d´opéra avec décors, costumes, mouvements de foule et ballets.

Enfin, un mot pour rendre une fois de plus hommage au chef György Vashegyi, par qui le public avait déjà pu découvrir et apprécier des oeuvres inédites de notre répertoire baroque, qui aborde désormais le répertoire du grand opéra romantique français. En attendant la suite (5).

Pierre Waline, 17 décembre 2021

(1): donné en version de concert au Palais des Arts (Müpa) en co-production avec le Centre de musique romantique française de Venise (Palazzetto Brun Zane).
(2): dernières représentations données dans les années 1870, reprises en 2014 au Théâtre de la Monnaie et à l´Opéra de Versailles.
(3): Victoire de la Musique 2008 (catégorie „artistes lyriques”).
(4): „Je pense que jamais jusqu´ici nous avait été offerte sur la scène une oeuvre si remarquable” (Journal des Débats, mars 1859)
(5): prochaine révélation: „Les Abencérages” de Cherubini, le 9 mars prochain Vashegyi qui avait même pris la peine de traduire lui-même le texte – au demeurant fort beau - en hongrois.
  

Qui était Lucrèce Borgia (Lucrezia Borgia)? Née à Subiaco (Latium) en 1480 et morte à Ferrare en 1519, elle était la fille naturelle du cardinal valencien Roderic Borgia (futur pape Alexandre VI). Réputée femme cruelle et redoutable empoisonneuse, elle fut entre autre soupçonnée - probablement à tort - d´avoir éliminé ses maris successifs. Il n´en fallut pas davantage pour inspirer à Victor Hugo une pièce qui le rendit célèbre. „La difformité morale la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète” (V.H). Réputation qui relève davantage de la légende que de la vérité historique (1). Pièce créée à Paris en février 1833. A peine dix mois plus tard était créé sur la scène de la Scala l´opéra de Donizetti. Repris à Paris en 1840. Le librettiste, accusé de plagiat, fit l´objet d´un procès de la part de Victor Hugo (2). De sorte que l´oeuvre dut changer à plusieurs reprises de titre, de lieu et de personnages avant de retrouver sa forme initiale (moyennant des remaniements dans la partition). Monteserrat Caballé y fit ses début en 1955 au Carnegie Hall, ce qui marqua le lancement de sa carrière.

Photo: Clarissa Lapollaph


Dans le rôle-titre était prévue une autre cantatrice venue d´Espagne, la soprane Yolanda Auyanet. Remplacée en dernière minute par la jeune Russe Lidia Fridman, spécialiste du bel canto, qui s´était fait précisément remarquer dans le rôle de Lucrèce (Trieste, janv. 2020). Entourée du ténor roumain Stefan Pop (Gennaro) et de la mezzo italienne Cecilia Molinari (Orsini). Les autres rôles étant confiés à des chanteurs hongrois, dont le baryton-basse Gábor Bretz (Alfonso, duc de Ferrare). Accompagnés par la Philharmonie de Pannonie et le Choeur de l´Armée hongroise sous la direction du chef moldave André Yurkevich. Représentation de concert, mais agrémentée de costumes et d´une légère mise-en-scène (Ferenc Anger).

Doté d´une facilité et rapidité d´écriture surprenantes, Donizetti composa de nombreux opéras (en moyenne trois pa an). En contre-partie, le reproche lui est souvent fait de négliger son orchestration („platitude du soutien orchestral” selon Fr.R.Tranchefort qui lui reconnaît néanmoins la beauté de certaines pages „qui ont la pureté du bel canto bellinien”).

L´action: située au début du XVIe siècle à Venise et Ferrare. Le duc Alfonso soupçonne son épouse Lucrezia d´être la maîtresse du jeune Gennaro. Qui est en fait son fils illégitime, ce que ce dernier, qui ne se connaît pas de mère, ignore. Il hait Lucrezia au point d´insulter son nom par une inscription infâmante (le nom de Borgia étant transformé en Orgia sur son blason). Ce qui provoquera la colère de Lucrèce qui exige de son mari l´arrestation et la mort du coupable dont elle ignore le nom. S´apercevant qu´il n´est autre que Gennaro, elle fait volte-face et implore son pardon, attisant du même coup la jalousie du duc. Condamné à se voir empoisonné Gennaro est sauvé par sa mère qui lui administre un contre-poison et le supplie de s´enfuir. Croyant son fils parti, Lucrezia empoisonne au cours d´une fête ses compagnons qui avaient juré sa perte. Or, Gennaro se trouve parmi eux. S´apercevant avec effroi de sa méprise, elle propose à son fils un contre-poison que ce dernier refuse de prendre. Au moment d´expirer, il apprend de Lucrezia qu´il est son fils.

Une intrigue riche en situations théâtrales qui se prêtent à „l´expression de passions violentes, exacerbées” (Tranchefort). Qualifiant pour sa part l´oeuvre de drame inégal, P. Kaminski n´hésite cependant pas à citer au passage certains airs et duos émouvants, ajoutant: „Dès le premier solo de Lucrezia, aux lignes souples, plein de soupirs et d´hésitations entre les registres, l´auditeur est fixé: ce n´est pas la monstrueuse Borgia qu´il lui sera donné d´entendre, mais une héroïne mélancolique, pathétique, fière et condamnée.” Propos élogieux partagés par les organisateurs de la soirée: „Belles voix, airs envoûtants, intrigue riche en rebondissements, destins hors du commun.” Alors?

 

Alors? Une révélation. Une oeuvre que nous n´avions pratiquement jamais entendue et que nous découvrions (ou redécouvrions) ce soir, il est vrai servie par une équipe idéale. Dominée par la personnalité de la jeune soprane russe qui incarnait ici une Lucrèce tout en même temps mère émouvante dans sa souffrance et son amour secret pour son fils, mais aussi en implacable vengeresse. A vingt-cinq ans, Lidia Fridman s´est déjà vue décerner prix et récompenses (dont l´International Opera Awards de „la meilleure jeune artiste de l´année”), ce qui laisse présager un bel avenir. Campant avec bonheur un rôle qui lui semblerait taillé sur mesure, mais également bien en situation au plan vocal, offrant cette voix chaude et mûre qui sied au personnage, par ailleurs à l´aise pour affronter les difficultés de la partition. Face à elle, un Gennaro emporté par la fougue et l´impétuosité de sa jeunesse, également fort bien servi par le ténor roumain, mis à part une stature imposante qui le rend peu crédible en jeune fils face à sa partenaire. Mais fort bien chanté. Également idéalement joués, les deux rôles du duc, servi par une voix chaude et plaisante (Gábor Bretz) et d´Orsini, ami fidèle de Gennaro, curieusement confié à une femme (la mezzo-soprano Cecila Molinari). Cette dernière très applaudie dans un grand air (début du 1er acte), évocation troublante d´un rêve prémonitoire (qui n´est pas sans annoncer, au plan musical, le grand air que Verdi écrira vingt ans plus tard pour sa bohémienne Azucena dans le Trouvère).

Le tout, contrairement à l´annonce, dans une véritable mise-en-scène, plutôt classique, avec décors. Et l´orchestre dans tout cela ? Dont les critiques jugeaient pour certains la partition bien banale. Un orchestre au contraire très présent pour venir en soutien constant à la voix. Car c´est bien à la voix (divas de l´époque oblige…) que Donizetti vouait son opéra. Avec quelques innovations originales, tel cet accompagnement de trompette (que l´on retrouvera chez Verdi) en soutien à tel air héroïque. Le tout placé sous la baguette d´un chef parfaitement rodé, ayant dirigé l´oeuvre à maintes reprises (notamment avec la soprane slovaque Edita Gruberova).

Quant à l´oeuvre elle-même, on en retiendra deux temps forts. Tout d´abord au deuxième acte, cette longue confrontation entre le duc, décidé d´en finir avec le jeune importun, dont il ignore la filiation de sang avec son épouse, et cette dernière qui implore son pardon. Puis au dernier acte ce violent contraste entre la scène joyeuse des compagnons de Gennaro chantant les vertus du vin et la soudaine irruption de Lucrèce leur révélant avoir empoisonné la boisson qu´ils viennent d´avaler Et là-dessus sa subite frayeur, apercevant Geranno parmi eux.

Comme on voit, ainsi que l´a fait remarquer un critique (cf supra) „une intrigue riche en situations théâtrales qui se prêtent à l´expression de passions violentes”. Certes, si Lucrèce Borgia ne figure pas au rang de ses grands opéras, Donizetti nous a néanmoins laissé ici une fort belle partition offrant parmi les plus beaux airs et duos que nous a légués le compositeur. Une bien agréable découverte, donc. Sans parler de l´autre révélation de la soirée, celle d´une jeune chanteuse, ovationnée ce soir par le public, promise à une brillante carrière. Décidément, les remplacements au pied levé ont souvent du bon. A suivre….

Pierre Waline, 20 novembre 2021

(1): en partie réhabilitée aujourd´hui par les historiens qui saluent en elle une mécène, amie des arts.
(2:): Victor Hugo qui renouvellera le coup du procès avec Verdi ( „Rigoletto” vs „Le roi s´amuse”).


 

 

C´est en 1749, alors qu´il était âgé de 64 ans que Haendel écrivit Theodora, l´une de ses dernières oeuvres chorales. Créé en mars 1750 au Théâtre royal de Covent Garden à Londres, ce fut un échec. Au point que seules quatre représentations en furent données de son vivant. Une oeuvre qui se distingue de ses précédents oratorios (ou opéras) par son sujet non repris de la Bible, mais traitant des débuts de la chrétienté. L´argument est fondé sur la légende de la martyre chrétienne Theodora (Dorothée) victime des persécutions de l´Empire romain. Un échec qu´explique en partie l´argument et son caractère tragique, mais aussi la concurrence de son Messie qui connaissait alors un vif succès. Et pourtant, une pièce que d´aucuns considèrent comme le plus accompli de ses oratorios. A commencer par le compositeur lui-même qui le jugeait en certains passages (tel le choeur final du 2e acte) supérieur au Messie. Une oeuvre qui dut attendre deux siècles pour se voir reconnue et donnée en concert. A Budapest en 2004 pour n´être reprise qu´aujourd´hui, soit dix-sept ans après sa première (1). Une occasion rare de le découvrir et de nous en faire par nous-même une idée. D´autant que servi ce soir par une formation de rêve: les sopranes Emőke Baráth et Katalin Szutrély(2) entourées de la mezzo Eszter Balogh, du ténor Zoltán Megyesi et de la basse Krisztián Cser. Accompagnés par l´orchestre Savaria (jouant sur instruments anciens) et le choeur Purcell, placés sous la baguette de György Vashegyi.

L´intrigue: nous sommes au ive siècle apr. J.-C.. Valens, gouverneur romain d'Antioche (K.Cser), émet un décret en l'honneur de l'anniversaire de Dioclétien qui force tous les citoyens à offrir un sacrifice à Vénus, déesse de l'amour, et à Flora, déesse de la fertilité, sous peine de mort, et charge Septime (Z.Megyesi) de l'exécution du décret. Didyme (E.Balogh), un soldat secrètement converti au christianisme, demande que les citoyens dont la croyance les empêche de faire ces sacrifices soient épargnés de cette peine, ce que rejette Valens. Septime intervient à son tour en leur faveur, mais en vain. Théodora (E.Baráth), chrétienne de naissance noble et son amie Irène (K.Szutrély) refusent d´obtempérer et sont arrêtées (sur fond d´une fête romaine célébrant Vénus). Theodora se voit condamnée à servir comme prostituée dans le temple de Vénus. Septime permet à Didyme de rencontrer Théodora, qu´il aide à s´échapper en prenant sa place (échange de costumes). Prise de remords,Théodora décide de se sacrifier à la place de Didyme. L´oeuvre s´achève sur la condamnation des deux amants, réunis dans un duo à leur immortalité.

Une intrigue dont Haendel a su contourner les pièges, „ignorant les implications dévotes au profit d´un drame de conscience d´une spiritualité profonde” (P. Kaminski). Avec des temps forts, tel le contraste entre „la joyeuse et insolente fête à Vénus” (Kaminski) et la prostration de notre héroïne croupissant en prison (début du 2e acte).

Alors? J´avoue qu´il est bien difficile de nous faire d´emblée un jugement, du moins tranché. Une oeuvre à part, sans équivalent dans la production du maître allemand. Oratorio? Opéra? Pas vraiment. Ce qui la distingue des grands oratorios est le rejet de tout côté spectaculaire. Conçue dans un climat retenu, presque austère, empreinte de recueillement. Une suite d´airs. Pratiquement pas d´ensemble, mis à part le duo final. Un choeur aux interventions fort belles, mais relativement limitées. Un orchestre sans cuivres (mis à part une brève apparition au début) ni percussions. On retiendra, pour le choeur, son intervention à la fin du deuxième acte, citée en exemple par Haendel, qui débute doucement, telle une mélopée, pour s´achever dans la liesse. Mais surtout le choeur final qui sonnerait presque comme un choral de Bach, concluant l´oeuvre en douceur, dans un climat de sérénité. Une suite d´airs, mais quels airs! D´une grande pureté mélodique, dépourvus de toute recherche de séduction, mais d´une grande expression. Un temps fort: le grand air de Theodora (alors emprisonnée) au 2e acte qui débute dans une longue lamentation pour s´achever comme dans un rêve sur une note teintée d´optimisme („Si j´avais des ailes, je m´élèverais jusqu´aux cieux”). Une oeuvre de maturité épurée de tout effet superflu, mais d´autant plus forte. Ce qui, lors de sa création, a visiblement déconcerté le public londonien, habitué aux grands ensembles et grandes masses chorales.

Le tout servi ce soir par des solistes irréprochables. Tous les cinq excellents, de sorte que nous ne saurions ici mettre aucun nom en avant, sinon, peut-être, pour privilégier les trois femmes (dans deux rôles féminins et un rôle masculin, le soldat Didyme). A signaler au passage une parfaite diction de la part des cinq (l´oeuvre était chantée en anglais), ce qui laisse supposer un sérieux travail de préparation. Également irréprochable, le choeur, bien en place dans chacune de ses interventions (tantôt les païens, tantôt les chrétiens). Un orchestre également bien en place, sonnant de façon fort belle, mais somme toute limité à un rôle de soutien et d´accompagnement (3). Le tout servi sur un tempo plutôt lent, imprimant une certaine majesté à l´ensemble, mais qui eût toutefois gagné à un peu plus d´entrain dans certains passages. D´une façon générale, si ce fut une belle interprétation au plan purement musical, la soirée eût gagné en se voyant agrémentée d´une légère animation. Chaque chanteur, une fois son air terminé, se retirant sur le côté de la scène, voire dans les coulisses, en attendant l´intervention suivante. Il eût mieux valu les placer en permanence sur le devant de la scène en leur confiant une certaine mobilité. Par un petit „jeu de scène”, ne serait-ce que réduit, le spectacle eût sans nul doute gagné en intérêt. Mais ne faisons pas la fine bouche et reconnaissons au chef hongrois le mérite d´avoir, une fois de plus, révélé au public une oeuvre pratiquement inconnue et jamais jouée. Pour notre plaisir, car ce fut en définitive une belle soirée.

Pierre Waline, 8 novembre 2021

(1): outre Budapest, donné lors d´une tournée en province.

(2): Emőke Baráth, élue „artiste de la saison”. Entre autres louée par Philippe Jaroussky et Emmanuelle Haïm, avec qui elle se produit régulièrement en France. (Philippe Jaroussky avec qui elle se produira à Budapest en mars prochain dans un récital Haendel)

(3): l´ensemble Capella Savaria, qui fut le premier dans le pays à se produire sur instruments anciens, fête précisément son quarantième anniversaire. 

Nous avons déjà évoqué ici la mémoire du pianiste virtuose Georges (György) Cziffra dont nous fêtions ce 5 novembre le centenaire de la naissance. Au nombre des manifestations programmées, un concert de gala donné à Budapest par l´Orchestre philharmonique de Radio-France accompagné par le pianiste János Balázs en soliste. Concert très attendu qui, par la qualité de ses interprètes, aura dépassé nos attentes et, visiblement, celles du public. Dont nous rappellerons le programme: Fantaisie hongroise (piano et orchestre) de Liszt, „Cziffra Psodie” (concerto de piano) de Péter Eótvös, en création ce soir. et la symphonie en ré mineur de César Franck.

Répétition. Au centre, Péter Eötvös .

Un mot, tout d´abord, sur le soliste, János Balázs. Trop jeune pour avoir connu Cziffra (décédé en 1994), János Balázs n´en demeure pas moins un fervent admirateur de son aîné. Dont il refuse de mettre en avant le côté virtuose, voyant bien au-delà en lui un musicien accompli, d´une grande profondeur et non limité au répertoire romantique (Liszt, Chopin) où on l´enferme trop souvent. Nous ayant ainsi laissé des enregistrements du répertoire baroque, telles ses remarquables interprétations de Scarlatti. János Balázs qui a noué de nombreux liens avec la France, se rendant régulièrement à Senlis où Cziffra vécut et créa sa Fondation. Pour aboutir en 2016 à l´instauration d´un „Festival Cziffra” qui se tient chaque année en Hongrie avec la participation d´artistes venus du monde entier. Tels, cette année, les musiciens de l´Orchestre de Radio-France et leur chef, le Finlandais Mikko Franck.

Morceau de bravoure qui emporte généralement la faveur du pubic, la Fantaisie hongroise est une sorte de pot-pourri rassemblant des airs populaires, notamment extraits de ses rhapsodies („Phantasie über ungarische Volksmelodien”). Mais surtout une occasion de mettre en valeur la virtuosité du soliste. En fait de virtuosité, János Balázs nous épata ce soir par l´incroyable aisance, voire l´insolence avec laquelle il se tira du jeu. Mais ce que nous voudrions également souligner est la présence de l´orchestre qui, ne se cantonnant pas au simple rôle d´accompagnateur, prit sa part entière au jeu, à égalité avec le soliste, nous servant une éxécution tout aussi „virtuose”, et offrant de merveilleuses sonorités (notamment de le rang des cuivres et percussions). Le tout dans une remarquable symbiose entre soliste et ochestre, visiblement bien rodés.

Pour la suite, un mot sur le créateur de la partition (Cziffra Psodia), Péter Eötvös, à qui nous laisserons la parole: „C´est avec joie que j´ai reçu la commande d´une pièce pour le centenaire de Cziffra. De nombreuses attaches le liaient à ma famille, et moi-même, enfant, ai eu l´occasion de le rencontrer. Ma mère (pianiste) étudia dans la même classe au Conservatoire. Au début des années cinquante, libéré des travaux forcés auxquels il avait été condamné, ma mère l´aida à trouver des cafés où se produire dans des concerts de l´après-midi.” (1) Basant sa composition sur une vie qu´il qualifie de „rhapsodique”, un drame alternant succès et tragédies. „Telle est l´atmosphère que j´ai cherché à rendre, axée non sur la virtuosité, mais bien plutôt sur le destin de la vie artistique du maître.” Une oeuvre en quatre parties qui retrace la vie de Cziffra avec ses épreuves et ses joies. Tel le premier mouvement retraçant son passage sur le chantier où il s´était vu condamné, rendu avec un réalisme sans concession, suivi d´un solo du piano (2e mvt) contrastant par son atmosphère recueillie, sorte de méditation. Une oeuvre très applaudie (en présence du compositeur).

Mais là où le pianiste allait étonner son monde, c´est dans les deux bis qu´il nous offrit. Tout d´abord une belle et longue paraphrase sur des valses de Strauss (un des morceaux favoris de Cziffra), mais aussi par le second bis: improvisations sur le thème du „Happy birthday”. Dans un jeu déjanté où il s´en donna à coeur joie, variant à l´envi les styles (jusqu´à une version rag time!) et insérant brièvement entre deux des airs inattendus (les quatre notes de la Ve, Ode à la Joie, Für Elise, etc.), petits clins d´oeil chargés d´humour particulièrement appréciés du public.

Différente fut la seconde partie du concert, avec la Symphonie en ré mineur de César Franck. Dont nous avons déjà dit l´accueil critique qu´elle reçut lors de sa création - jugée par d´aucuns trop „bizarre”…. - mais devenue aujourd´hui un „classique” de nos salles de concert. En trois mouvements. On retiendra notamment la délicieuse mélodie de la clarinette, rythmée par les cordes, qui parcourt le mouvement central, allegretto. Mais aussi le thème entraînant de son dernier mouvement (allegro non troppo). En bis: Finlandia de Sibelius. Ce soir admirablement rendue par un orchestre en forme, débordant d´énergie sous la baguette inspirée de son chef finlandais, sur un tempo peut-être un tantinet rapide. Offrant de merveilleuses sonorités, notamment - sans jeu de mot - par la brillance des cuivres. Pour nous une découverte. Nous avions entendu cette formation à plusieurs reprises par le passé. Force est de reconnaître qu´au vu de ce concert, elle peut être probablement considérée comme l´une de nos meilleures formations (méritant au passage son ajout de „philharmonique”). A mettre à l´actif de son chef.

Soirée de gala? Certes, mais demeurée conviviale dans un climat naturel tout à la fois recueilli et détendu, exempt de tout protocole. A l´image du maître. Le meilleur hommage que l´on eût pu lui rendre.

Pierre Waline 6 novembre 2021
Crédit photographique: Attila Nagy

(1): Péter Eötvös aura par la suite plusieurs occasions de rencontrer le maître à Senlis et se lia avec son fils, G. Cziffra junior, chef d´orchestre.
(2). concert qui sera répété ce dimanche (7 novembre, 16h) à Paris (Maison de la Radio).
  

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