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Récemment vient d’être commémorée en France l’armistice du 11 novembre 1918. A cette occasion, des cérémonies ont eu lieu pour honorer la mémoire de militaires français tombés en Afganistan. A mon sens un peu trop larmoyantes – bien que l’on comprenne la peine de leurs familles – et non sans une petite pointe d’hypocrisie car „morts pour la France” me paraît un peu suspect dans ce contexte. Ceci dit, cette journée de la mémoire, également célébrée avec le même respect à Londres, est pour moi l’occasion de faire un petit rappel à l’attention de mes amis hongrois.

Il m’arrive fréquemment d’entendre sur les médias hongrois, et ce de tous bords, une référence amère aux Français qui, à la différence des Hongrois, ont largement profité de leurs colonies  et „n’auraient pas connu l’horreur des invasions”. Pas comme ici, en cette plaine sans cesse parcourue de hordes, des Mongols aux nazis et chars russes en passant par les troupes ottomanes ou autrichiennes. Je ne nie certes pas les souffrances infligées aux Hongrois au cours de leur Histoire. Mais laissons donc les Français en paix, par pitié!

Issu d’une famille du Nord-Est de la France, je crois être plutôt bien placé pour en parler. Mère née en 1908 à Thionville (Diedenhofen) sous régime allemand et père né à Epernay en 1900, donc tout proche du front pendant la Première Guerre. Il me suffira de rappeler qu’une bonne partie de notre pays fut un champ de bataille au moins à trois reprises successives sur trois générations: 1870-71, 1914-18 et 1940-44. Avec, rien  que pour la Première Guerre, plus 1 300 000 jeunes tombés au combat, sur leur propre sol, certains à deux pas de leur village natal. Pas une famille qui n’ait été épargnée... J’ignore le bilan des victimes hongroises de la Première Guerre qui a certainement endeuillé bien des familles, mais, par pitié, n’allons pas pour autant minimiser la souffrance des Français (et des Belges) qui ont vu maints de leurs villages détruits et leurs familles décimées.

Pour ce qui est de la Seconde guerre, si, certes, les combats sont restés relativemement limités (1), il n’en demeure pas moins que les luttes menées par la Résistance et surtout le maquis laissèrent aussi des stigmates bien douloureux (villages incendiés, jeunes fusillés ou pendus par centaines...). Je ne pense pas seulement à Oradour-sur-Glanne ou au Vercors, mais à bien d’autres encore (2).

Je ne prends pas la plume ici pour pleurer, loin de là. Mais – encore une fois – je souhaiterais voir évitées ces références jalouses à un pays, un peuple qui aurait beau jeu de juger insolemment de tout dans son petit confort douillet „d’occidental” gâté et pourri. Le 13 novembre dernier, lors d’un conférence de presse, François Hollande a déclaré, au sujet de son prochain voyage en Algérie: „L’Histoire doit nous servir à bâtir l’avenir, et non à le compromettre” (j’ai oublié le verbe exact, mais c’était cela en substance) (3). Et quand je repense que cette Europe, aujourd’hui tant décriée, était née d’une réconciliation entre deux ennemis jurés dix ans à peine après la Seconde guerre, voilà qui devrait donner à réfléchir.

Certes, nul n’a aucune leçon à donner à qui ce soit (je ne suis pas Jacques Chirac..), mais restons modéré et respectons le passé de chacun. Voilà, c’est tout, je n’en demande pas plus... Car, comme Giscard (pour une fois inspiré!..) déclara un jour à Mitterrand „Vous n’avez pas l’exclusivité du coeur”, j’ajouterais que „Nul n’a l’exclusivité de la souffrance”.

Bien évidemment, quand je repense aux douloureuses années du communisme imposées avec la complicité des puissances occidentales, mes propos choqueront. Ce n’est pas à cela que je faisais allusion (cf. les courants de sympathie suscités par les révoltés hongrois de 1956). Ni même, bien évidemment, à Trianon, alors que nous récupérions notre Alsace-Lorraine (4). Mais au reste, notamment à cet immédiat après-guerre où nos parents et grands-parents ont tout aussi bien connu les rationnements et la désolation de villes bombardées et villages détruits.

Donc, plus „chanceux”, les Français? Oui. Mais épargnés de toute souffrance? Non.

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(1): du 10 mai (attaque des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg) au 22 juin 1940 (convention d’armistice demandée par Pétain, visite éclair de Hitler à Paris dès le lendemain!) ). Un bien pitoyable épisode de notre Histoire, malgré des poches de résistance isolées, telle l’avancée des chars du colonel de Gaulle fin mai dans la bataille d’Abbeville.

(2):  Oradour (10 juin 44): en représaille à l’assassinat de deux officiers SS par le maquis, tous les habitants du village furent exterminés, dont 247 enfants, brûlés vifs, enfermés avec les femmes dans l’église  (les hommes ayant été au préalable fusillés). Mais d’autres villages ont subi un sort analogue. Quant au maquis, né en décembre 1942 dans le Vercors, il s’est vite étendu à l’ensemble du territoire (avec également des participants étrangers, notamment belges), la répression des Allemands ayant été particulièrement cruelle (alors qu’il s’agissait en majorité des très jeunes combattants, presque encore adolescents pour beaucoup..)

(3): l’Algérie, un épisode particulièrement douloureux pour lequel la responsabilité de la France (et les exactions commises par certains éléments de son armée) a été largement et publiquement reconnue. Mais n’oublions pas que ce fut également, en 62, le „rappatriement” sur la métropole de près d’un million de ”pieds noirs” implantés  en Afrique du Nord depuis au moins deux générations. Aujourd’hui, la page semble définitivement tournée. 

(4): à cette différence près que l’Alsace-Lorraine n’avait pas de „minorités”, comme les communautés roumaines, slovaques, serbes et ruthènes de la Grande Hongrie. L’ensemble de la population, bien que de souche germanique, se déclarant ouvertement unie autour d’un patriostisme acharné (prenant même des formes parfois excessives.).

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