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Essentiellement connu pour ses lieder, ses oeuvres pour piano et sa musique de chambre, qui sait que Schubert composa également des opéras? Quinze opéras démeurés des échecs ou semi échecs. Tel Alfonso und Estrella, donné ce soir en version de concert (légèrement mise en scène) au Palais des Arts de Budapest. Un genre auquel le jeune Schubert tenait particulièrement, meilleure façon de se faire connaïtre et de se procurer quelque revenu. Mais il faut dire que la concurrence était rude avec des compositeurs comme Paër ou Maÿr, sans parler de Salieri qui occupait alors le devant de la scène et de Weber dont le Freischütz fut précisément donné cette même année (1).

C´est ainsi que, composé en 1821 (il avait à peine 24 ans), Alfonso und Estrella se vit successivement refusé par les opéras de Vienne, Dresde, Berlin et Graz pour n´être créé qu´en 1854 (dans une version réduite) à Weimar sous la baguette de Liszt. Opéras qui, il est vrai, pèchent souvent par leur sujet et leur manque d´une approche psychologique fouillée. Mais des productions où l´on retrouve en maints passages le Schubert roi incontesté de la mélodie. Offrant un charme qui évoque par moments Weber, avec des originalités notamment dans le traitement coloré des cuivres et des bois et des duos charmants.

Création le 24 juin 1854

L´oeuvre.

Riche en péripéties, l´intrigue (sur un livret de Franz von Schobert) est difficile à résumer. Nous sommes en Espagne au moment de la Reconquista. Deux rois sont en présence: Froila, père d´Alfonso, qui a perdu son trône, évincé par Mauregato, père d´Estrella. Autre personnage, le traitre (il en faut bien un…) Adolfo, général au service de Mauregato qui entend bien forcer la belle Estrella à l´épouser. Un objet, enfin: ce talisman (chaîne en or) dont le détenteur se voit promettre par Mauregato la main de sa fille. Après maintes péripéties (scènes de chasse, bataille, conspiration), c´est finalement Alfonso qui se procure le précieux objet, se voyant du même coup offrir la main de sa belle et révéler son ascendance royale (qu´il ignorait jusque là). Dans un dénouement heureux, Alfonso monte sur le trône, tandis que les (ex) rois ennemis se réconcilient.

Ce qu´en disent les critiques. Le livret, tout d´abord. Schobert, pourtant poète et homme de théâtre réputé, au demeurant ami de Schubert, se voit souvent reprocher son absence de contenu psychologique et son approche superficilelle, „quoique alerte et parfois non dénué d´inspiration” (B.Massin). Autre reproche, la rapidité avec laquelle les deux amis conçurent ensemble l´oeuvre. Mais c´est au plan musical que sont formulées les plus sévères critiques. Malgré la beauté de certains passages confiés aux choeurs et l´absence de récitatifs, lui sont reprochées „des faiblesses dont est entachée la caractérisation des personnages et situations”. Et encore la quantité et longueur des airs attribués à ses héros (P. Kaminski). Autre reproche, une certaine incohérence dans la succession des tonalités (B. Massin). A noter que Schubert nous offre ici un orchestre au grand complet, s´écartant de la tradition du Singspiel pour se rapprocher du grand opéra romantique. Ambition qui dépassait apparemment ses moyens.

L´interprétation.

Ici servie par une équipe internationale. Un orchestre venu de Finlande, Helsinki Baroque Orchestra, placé sous la direction de son chef permanent Aapo Häkkinen. Des chanteurs allemands (le ténor Patrick Grahl en Alfonso, la soprane Lydia Teuscher en Estrella), croate (le basse-baryton Krešimir Stražanac en Froila), norvégien (le baryton Johannes Weiser en Mauregato) et finlandais (le baryton Arttu Kataja en Adolfo). Le tout accompagné par un choeur hongrois (Choeur mixte Cantemus). Pour la mise scène, le Finlandais Vippu Kijunen.

La représentation scénique, tout d´abord. Un podium élevé autour de l´orchestre où évoluent les chanteurs. Chanteurs habillés de noir, sauf Alfonso et Estrella en veste blanche. Sur le fond, un grand écran où défilent des images illustrant le cadre de l´action. En avant de l´orchestre, une longue table couverte de draperies que reprise un couturière. Idée saugrenue dont on ne saisira le sens que sur la fin (elle confectionne les tuniques des futurs époux royaux) et dont on se serait bien passé. Autre bizzarerie: le roi exilé affublé de cordages (symbole?). Mis à part ces réserves, bonne mise-en-scène avec un jeu sobre, gommant les lourdeurs de l´action.


                                      


Une oeuvre que nous découvrions ce soir. Notre impression immédiate: alternance de merveilleux passages et d´airs parfois un peu longuets ralentissant quelque peu l´action. Plus qu´à un véritable opéra en continu, nous assisitions à une succession de scènes sans transition (pas de dialogues parlés). Parmi les plus beaux passages, je mentionerai dès après une ouverture au ton grave et dramatique, le choeur d´entrée des jeunes filles (célébrant leur souverain) parmi les plus délicieux jamais entendus, plein d´allant et resplendissant de fraîcheur (rappelant un peu pour moi les jeunes filles du Freischütz ou Rosamonde). Autre temps fort, cette scène poignante entre le roi Mauregato, sa fille et le général Adolfo. Ce dernier exigeant de son souverain, en remerciement de ses services, la main de sa fille qui s´y refuse. Cruel dilemne et tension exprimés dans un merveilleux et touchant trio, peut-être le point culminant de l´oeuvre. Ou encore, la rencontre, au détour d´une forêt, entre Alfonso et Estrella, chacun ignorant l´idendité de l´autre, mais immediatement épris l´un(e) de l´autre, servie par un charmant duo, comme seul Schubert savait en écrire. Enfin, la scène finale, également admirable, lorsque tous se retrouvent, dans l´amour pour le couple désormais uni, et la paix, pour les souverains désormais réconciliés. Nous pourrions encore citer d´autres passages, mais aussi des airs un peu longs et lancinants qui freinent l´action.

Le tout servi par de bons chanteurs, également bons acteurs, en tête desquels je mentionnerai la soprane Lydia Teuscher et le ténor Patrick Grahl dans le rôle des deux héros. Également excellent, le Finlandais Arttu Kataja incarnant un Adolfo diabolique à souhait. Pour le reste, je donnerais la palme au choeur, du moins chez les femmes, absolument ravissant (le ton guerrier confié aux hommes seyant moins au style du compositeur). Bon orchestre, bonne direction avec toutefois des timbales fort présentes, mais au son un peu sourd.

Quelques faiblesses, donc, mais de fort beaux passages. Des fablesses à mettre en partie au compte du librettiste (dont Schubert lui-même ne se disait pas vraiment satisfait). En tous les cas, une soirée qui a recueilli la faveur du public, à en juger par les applaudissements nourris. Et un coup de chapeau au passage aux organisateurs d´avoir monté ce soir une oeuvre jamais jouée (après deux premières données en 1854 et 1881 il fallut attendre le début des années quatre-vingt dix pour la voir remise sur scène). Pour terminer, nous laisserons la parole à Liszt (le créateur de l´oeuvre) qui, s´il y déplorait un manque d´élan dramatique, en admirait certains airs qui „si l´on dressait un catalogue, viendraient en tête de tous les airs écrits par Schubert”. Pour en revenir à la mise-en-scène, enfin, relevons cette excellente idée de l´écran en fond de scène, permettant non seulement de suivre l´action, mais aussi d´animer le tout.

Un aspect inédit, voire totalement inconnu, de Schubert que, comme le public, nous découvrions ce soir.

Une fois de plus, une belle soirée. En attendant la suite?

Pierre Waline, 18 novembre 2022

(1): le cas Rossini étant à mettre tout-à-fait à part.


 


 

 
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