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Depuis bientôt quinze ans, Iván Fischer, fondateur et directeur musical de l´Orchestre du Festival de Budapest (BFZ) et Csaba Káel, directeur du Palais des Arts (Müpa), nous offrent chaque année début février ce qu´ils appellent une „journée marathon”. Un peu à l´instar de nos „Folles journées de Nantes”, ils nous proposent du matin au soir une série non stop de concerts et récitals consacrés à un compositeur donné (ou couple de compositeurs). Cette année, pour sa quatorzième édition, leur choix s´est porté sur le couple Liszt-Berlioz (1). Qu´ils nous présentent non seulement comme amis, mais comme offrant de nombreux points communs, malgré des différences apparentes. Symbolisant à leurs yeux l´âme romantique et ayant révolutionné le genre.

Certes, les différences ne manquent pas (2). Tout d´abord au plan des personnalités, mais aussi par leur production. Offrant une place privilégiée au piano chez Liszt, à l´orchestre et aux grandes formations chez Berlioz. Malgré tout, les points communs ne manquent pas non plus. Les présentant tous deux comme successeurs de Beethoven (3), les organisateurs ajoutent: „Ils ont tous deux réformé la musique orchestrale et concertante et lancé la musique à programme. Ils se sont tous deux enthousiasmés pour Byron et le thème de Faust. Leurs chemins se sont souvent croisés et leurs oeuvres présentent de nombreux points communs.” 

Onze concerts et récitals s´étalant du matin au soir, offrant une grande variété. Telle cette intervention d´un ensemble de jazz improvisant sur des thèmes des deux compositeurs ou encore ce récital pour deux pianos. Sans oublier, comme chaque année, un programme dédié aux enfants.

Les interprètes: outre une brochette de pianistes réputés (4), l´altiste Máté Szűcs et Norbert Káel et son trio de jazz. Cinq formations: l´orchestre symphonique MÁV, l´orchestre Danubia d´Óbuda, l´orchestre philharmonique de Győr, la Philharmonie de Pannonie et, pour clôre la journée, l´Orchestre du Festival de Budapest, ainsi qu´un choeur, la chorale d´hommes Saint Ephraïm (Szent Efrém). Au programme, tout d´abord les incontournables: la Symphonie Fantastique, les deux concertos de Liszt et sa sonate en Si. Mais aussi des inédits. Telles ces deux pièces pour deux pianos de Liszt: le Concerto pathétique, oeuvre totalement méconnue du grand public, et une transcription des Préludes. Ou encore ces improvisations par un trio de jazz. Et cette matinée consacrée aux enfants, intitulée „Les murmures de la forêt”, animée par le bassoniste György Lakatos… Un programme a priori séduisant et varié, donc.

Malgré tout, rien ne saurait remplacer cette convivialité qui faisait le charme des précédents marathons. Journées agrémentées d´expositions, de conférences et projections de films. Et pourtant, tout a été fait pour animer dans la mesure du possible cette journée „à distance”, notamment par des petites présentations placées avant les concerts (moyennant, malgré tout, des temps morts). Ce qui n´était pas tâche aisée. Un petit regret, néanmoins: ce déséquilibre entre les oeuvres présentées, deux seulement pour Berlioz. Mais bon, ne jetons la pierre à personne et ne faisons pas fine bouche. Soyons reconnaissants aux organisateurs d´avoir pris sur eux de nous offrir cette journée, même suivie de chez soi..

Alors? Les temps forts: la Symphonie fantastique dans une admirable interprétation par les musiciens de Győr placés sous la direction de Kálmán Berkes. Le premier concerto en mi bémol de Liszt par les musiciens de l´Orchestre MÁV sous la direction de Daniel Boico avec le pianiste Zoltán Fejérvári en soliste; surtout pour la prestation, de ce dernier (Grand Prix du disque) (6). Et la sonate en si mineur magistralement interprétée par David Báll. Enfin, le concert de clôture conduit par Iván Fischer et ses musiciens de l´Orchestre du Festival, dont la fameuse Danse macabre avec le jeune pianiste géorgien Nicolas Namoradze en soliste (5) et, pour conclure en beauté, une interprétation particulièrement roborative de la Deuxième rhapsodie. Pour ouvrir la journée, Gergely Bogányi nous avait interprété cinq Études d´exécution transcendante et deux morceaux extraits des Années de pélerinage, souvenirs de son séjour en Suisse. Les Études d´exécution transcendante lui ayant été inspirées, de l´aveu même du compositeur, par Paganini et Chopin qu´il admirait tous deux. Une remarque au passage: le piano, non pas le Steinway habituel, mais un instrument au design moderne spécialement conçu par le pianiste. Enfin, remarque très personnelle, cette étonnante ressemblance, bien évidemment exploitée, avec Liszt par le profil, la chevelure et la taille, voire l´habit, et surtout ces grandes mains de virtuose. Car l´interprétation que nous a servie Gergely Bogányi de ces pièces relevait d´une virtuosité que l´on ne peut qu´admirer. Une belle entrée en matière, donc.

A relever, dès après le récital d´ouverture, cette matinée „familiale” à l´attention des enfants, délicieusement animée avec humour par le bassoniste György Lakatos, ici en meneur de jeu. Lors de laquelle cinq jeunes pianistes, élèves du Conservatoire, nous ont interprété cinq pièces extraites des Années de pélerinage, dont ce „Murmures de la forêt” impressionniste avant l´heure que n´auraient pas renié un Ravel ou un Debussy. Et la fameuse transcription de la „Sérénade” (Ständchen) de Schubert. Pour passer ensuite sur le récital de jazz (sans grande originalité) et le concert déjà mentionné nous proposant le 1er concerto de Liszt précédé de la valse de Méphisto. Nous passons également sur le récital à deux pianos avec ce curieux „concerto pathétique” que l´on dit inspiré de la Wanderer Fantaisie de Schubert, suivi d´une transcription des Préludes (par János Palojtay et Ádám Balogh); sinon pour siganler une brillante interprétation des Préludes dans cette belle transcription. Vint ensuite le 2e concerto en la majeur par les membres de la formation Danubia dirigés par Máté Hamori avec József Balog en soliste. Une oeuvre qui contraste par son climat avec le premier concerto. Suivi du poème symphonique Prométhée (créé à Weimar). Pour passer à la sonate en si mineur par Dávid Báll. Un chef d´oeuvre, ici fort bien interprété. Pièce dédiée à Schumann où Liszt innova audacieusement, adoptant la forne d´un mouvement unique où alternent deux thèmes. Sonate réputée particulièrement difficile à interpréter. L´une des oeuvres maîtresses du compositeur hongrois

Mais nous attendions surtout la suite avec deux oeuvres de Berlioz. Tout d´abord la Symphonie fantastique (par l’orchestre de Győr sous la direction de Kálmán Berkes). Une interprétation admirable, probablement le temps fort de la journée. Tous les pupitres bien à leur place, offrant une somptueuse sonorité, brillante, mais sans tonitruence. Une Symphonie fantastique écrite trois ans seulement après la mort de Beethoven, alors que le jeune Berlioz, alors follement amoureux (mais il l´était en permanence,,,), n´avait que 27 ans…(7). Puis ce fut Harold en Italie, rarement donné. Qui est en fait un concerto pour alto écrit à la demande de Paganini („Symphonie en quatre parties avec alto obligé”). Interprétée ce soir par les musiciens de Pécs (Philharmonie de Pannonie) placés sous la direction d´András Vass avec Máté Szücs en soliste. Une agréable découverte, oeuvre richement orchestrée, offrant des thèmes charmants. Ici servie par une interprétation correcte (quoiqu´on en eût attendu un peu plus de finesse).

Puis ce fut, avant de passer au concert de clôture, cinq pièces religieuses chantées par un choeur d´hommes (chorale Szent Efrém). Sur lesquelles je passe…. Quant au concert de clôture, il était, comme chaque année, traditionnellement dirigé par Iván Fischer, directeur artistique de la manifestation, et ses musiciens de l´Orchestre du Festival. Avec trois pièces au programme: „Légende de Saint François de Paule marchant sur les flots” (précédée d´une explication par Fischer), la Danse macabre (avec le pianiste géorgien Nicolas Namoradze en soliste) et la version orchestrée de la Deuxième rhapsodie. A noter, dans la Danse macabre (Totentanz, variations sur le Dies ire) une prestation impressionnante du pianiste accompagné par un orchestre brillant. Tous, soliste et orchestre, en parfaite symbiose. Mais c´est encore avec la Deuxième rhapsodie qu´Iván Fischer allait nous surprendre. Dans une adaptation indédite, encore jamais entendue, qui sortait du cadre, souvent bien fade, des transcriptions habituelles. Probablement concoctée par le chef. Dans une orchestration colorée, rutilante, accompagnée par un cymbalum, nous offrant une interprétation particulièrement entraînante. Avec en prime un long solo de cymbalum, cadence d´une incroyable virtuosité. Voilà qui était idéal pour terminer cette journée en beauté. (8)

Pour conclure? Tout d´abord une occasion rêvée pour retrouver, découvrir ou redécouvrir des oeuvres de nos compositeurs favoris. Mais aussi un constat: le niveau exceptionnel de la vie musicale en Hongrie, tant par le nombre que par la qualité de ses formations et interprètes. Un voeu pour terminer: que le prochain marathon nous fasse retrouver nos musiciens préférés „sur le vif”, et non par écran interposé.

 

Pierre Waline, 7 février 2021

 

(1): les précédents couples: Schumann-Mendelssohn, Debussy-Ravel.

(2): né en 1803, Berlioz était de huit ans l´aîné de Liszt (qu´il appelait „le Papagini du piano”). Liszt dont on célèbre cette année le 210e anniversaire de la naissance.

(3): Liszt, reçu dans son enfance par Beethoven, fut élève de Czerny, lui-même élève de Beethoven.

(4): Gergely Bogányi, Dávid Báll, Zoltán Fejérvári, József Balog, János Palojtay, Ádám Balógh, Nicolas Namoradze.

(5): 26 ans. Lauréat du Concours Honens (Canada) en 2018.

(6): A noter que, lors de la création du 1er concerto avec Liszt au piano, c´est précisément Berlioz qui était au pupitre.

(7): amoureux de l´actrice anglaise Harriet Smithson qu´il allait épouser trois ans plus tard.

(8): manquait à l´appel la Marche hongroise de la Damnation de Faust, qui eût idéalement trouvé sa place ici. Inspirée de la Marche de Rákóczi, elle fut donnée en concert par Berlioz lors de son séjour à Pesth en février 1846, ce qui lui valut un véritable triomphe de la part du public hongrois. (cf. „Budapest au XIXe siècle vue par un voyageur peu ordinaire” (30 août 2017).


 

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