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De toute ma carrière, mes plus beaux souvenirs, à côté des années passées en Hongrie, sont sans nul doute ceux qui se rattachent au Québec (alors que je fus un moment en charge d´un programme de coopération franco-québécois). Tout d´abord pour la gentillesse naturelle et la simplicité des partenaires que j´y ai côtoyés, sans parler des beautés de la nature (ces forêts d´érables !), mais aussi par le plaisir que j´y ai pris à goûter aux charmes de leur langue, cette „parlure québécoise” qui nous réserve bien des surprises....

Tout d´abord, un bref retour en arrière. Lorsqu´au début du XVIIème siècle, les premiers colons venus de France débarquèrent dans la Nouvelle Province, ils parlaient les dialectes et patois de nos différentes régions. C´est pour se faire comprendre entre eux qu´ils éprouvèrent le besoin d´adopter une langue commune, le „françois” parlé à la cour de roi. Une unification de la langue qui se fit donc dès avant celle réalisée en France. Par la suite, isolés de la mère patrie suite à l´occupation anglaise (milieu XVIIIème), ils continuèrent à pratiquer ce vieux français sans prendre en compte les bouleversements apportés par la Révolution. Isolement qui ne fit que les renforcer dans leur besoin de se souder par la langue face à l´occupant anglophone.

Qu´en est-il aujourd´hui? Tout d´abord un mot sur l´accent (un accent que l´on retrouve aujourd´hui encore dans certaines de nos campagnes). D´une façon générale, le Québécois parle plus lentement que le Français et sur une tonalité plus grave. Il ne parle pas „pointu”. Quant aux différences de prononciation - qui touchent essentiellement voyelles et diphtongues - notre propos n´est pas ici de les détailler (d´autant qu´elles ont tendance à s´estomper). Pour en rester aux cas les plus connus et les plus fréquents: le son „oi” trasnformé en „oé” ou „oè” („avoére” pour „avoir”). Autres exemples: la contraction ”Chu en vacances” pour „Je suis en vacances” ou encore „Y est malade” pour „Il est malade” (source Simon Lemay, „Le québécois en cinq étapes”). Encore que ce phénomène existe également chez nous (”Chui” pour „Je suis”). Ou encore la „a” final d´un mot muté en „ô” („Canadô”). Et, d´une façon générale, l´allongement des voyelles. Mais, encore une fois, notre propos n´est pas ici de donner une leçon de québécois. (De nombreux ouvrages ont été publiés sur le sujet). Signalons encore un curieux tic: celui qui consiste à répéter le sujet dans une question: „Tu peux-tu?”.

Un mot sur le vocabulaire. Ne serait-ce que pour le plaisir de citer quelques échantillons savoureux. A commencer par le fameux „chauffer un char” (conduire une voiture), ce char dans lequel on ne monte pas, mais on „embarque”. Également répandues, les fameuses „épluchettes de blé d inde„ (pelures de maïs). Que l´on dégustera, à l´aide, non de couverts, mais „d´ustensiles”. Et, pour vous essuyer ensuite les mains, vous utiliserez une „débarbouillette” (serviette ou gant de toilette). Pour faire un achat dans le commerce d ´alimentation du coin, vous irez chez le „dépanneur” ou acheter vos cigarettes à la „tabagie”. Et s´il pleut en route, on vous dira qu´„y mouille”. Autre échantillon, „l´acétate”, devinez! Le transparent pour rétroprojecteurs (1). Si ces expressions peuvent prêter à sourire, nous avons peut-être tort d´en rire trop vite, car elles sonnent finalement bien français. Également de consonnance bien française, les noms de famille, Lafleur, Boulanger, sans nos Sanchez et autres Schmidt, comme me le fit remarquer non sans malice un ami de là-bas (encore qu´avec l´encouragement à l´immigration d´une main-d´oeuvre qualifiée, ce monopole tende à disparaître (2)). Comme sonnent bien français les mots „courriel” et „logiciel” inventés au départ - ce que beaucoup ignorent - par nos amis québécois. Résistance à l´anglais, donc? Pas tant que cela… Car la langue du Québec n´est pas non plus exempte d´anglicismes, ou plutôt américanismes. Deux exemples: le „peanut” pour la cacahouette ou le „waiter” pour le serveur. (Le waiter qui vous apportera une eau minérale gazeuse si vous lui commandez une „liqueur”…) Le mot „char” lui-même, qui sonne pourtant bien français, n´est autre qu´une assimilation de l´américain „car”.

D´américanismes, avons-nous dit ? Car, et c´est là un paradoxe, le Québécois se sent plus proche de ses voisins américains - et inversement - que ne le sont ses compatriotes anglophones restés malgré tout un peu „british”. Ceci de l´aveu même d´un ami québécois. N´oublions pas que Montréal et sa région constituent un pôle de hautes technologies qui la place à la pointe du pays en matière d´innovations. De là des relations suivies avec les régions voisines des États-Unis.

Les „Francos” (FrancoFolies) de Montréal.

Je-ne-sais-plus-qui qualifia un jour le Portugal de „trait d´union entre l´Espagne et la France”. Peut-être pourrions-on parler, en brodant un peu, de „Québec, trait d´union entre les États Unis et la France”? Langue et culture françaises associées à un sens des affaires bien „américain” (3). (Elle est révolue, l´époque du bûcheron perdu au milieu de ses forêts…) Culture, avons-nous dit? Que oui! Ayant le regard quasi constamment tourné vers la France dont ils connaissent sur le bout des doigts artistes, chanteurs et acteurs. Mais avec également leurs propres artistes, tout aussi renommés (Céline Dion, Félix Leclerc). Signe de ce lien culturel étroit, ces fêtes de la FrancoFolie organisées chaque été à Montréal, qui rassemblent une foule immense (initialement lancées à La Rochelle, mais vite reprises dans leur version québécoise).

Ne les oublions donc pas et sachons leur gré pour cet attachement touchant, bien que parfois excessif. Car, en définitive, il n´est pas - ou plus... - tout-à-fait certain que nous le mértitons à ce point...

 

Pierre Waline, 23 octobre 2020

 

(1): Je n´oublierai jamais la tête du technicien lorsque, à l´occasion de présentations que nous faisions dans les chambres de commerce, le conseiller commercial du Québec lui demandait de passer „l´acétate suivant”..

(2): ce même ami qui me rapporta un jour l´anecdote suivante: lorsque, au cours d´une visite au Québec, Mendès-France se présenta, un ministre de lui répondre „Boulanger, Canada”. Difficile à croire….

(3): ces Américains dont une majorité de Québécois pratiquement bilingues, du moins à Montréal, pratiquent couramment la langue, davantage que l´anglais de Londres. A propos Londres, signalons une bizarrerie (qui n´est pas sans les indisposer): bien que relevant d´un État indépendant, les Canadiens – donc les Québécois – demeurent „sujets de „Sa Majesté”...

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