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Dans la langue hongroise, la musique classique est généralement désignée sous le terme de „musique sérieuse” (komolyzene). Par opposition à la musique de variété. Rien n´est plus faux. Tout d´abord parce que, prise dans son sens large, la musique dite „de variété” peut parfois se révéler sérieuse. Un préjugé qui a la vie dure. Il est vrai que la musique dite „classique” comporte une majeure part d´oeuvre dites „sérieuses”. Encore faudrait-il savoir ce que l´on entend par là. Malgé tout, il faut se garder de généraliser. A celles et ceux qui en douteraient, je conseillerais d´écouter Rossini, à commencer par son Barbier de Séville ou encore L´Italienne à Alger (1). Remontants imparables pour qui souffrirait de spleen ou de déprime. Mais Rossini n´était pas le seul, loin de là.

Mozart, „Il sposo deluso”

Si nous mettons de côté Offenbach, à la limite entre classique et opérette, nous pourrions citer maints compositeurs réputés „sérieux” qui nous ont laissé des oeuvres empreintes de gaité et d´humour. De Rameau à Erik Satie et Chabrier en passant par Haydn, Mozart, Saint-Saëns et tant d´autres. De Rameau, chacun connaît sa fameuse „Danse du grand calumet” (aussi appelée „Danse des sauvages”) extraite des Indes galantes. Une parodie distrayante, allusion à l´acceuil d´une délégation d´Indiens à la cour de Versailles. Déjà le on-ne-peut-plus-sérieux M-A. Charpentier nous avait offert, avec son ballet pour le „Mariage forcé” de Molière, un numéro d´anthologie digne des Frères Jacques avec cris d´animaux de toutes sortes. Puis vint l´opéra napolitain issu de la Comedia dell Arte. Enfin, surgit un certain Joseph Haydn. Un homme au caractère amène qui prenait plaisir à placer ici ou là telle petite surprise pour désappointer l´auditeur. Tel ce quatuor qui, après un accord „final”, repart de plus belle, alors que partent les premiers applaudissements. Ou en faisant donner un grand coup de timbale (réveiller l´auditeur...) au beau milieu d´une symphonie. Symphonies dont plusieurs portent des noms évocateurs, telle la Poule, où l´on „entend” littéralement nos chers volatiles picorer ou encore l´Horloge avec son fameux mouvement en tic tac. Et son „caro amico” Mozart n´était pas en reste. L´exemple le plus connu nous est donné par la Flûte enchantée avec son truculent personnage de Papageno et sa Papagena. Et cette scène où l´on voit les animaux sauvages sortir de la forêt, envoûtés par le son des clochettes de Papageno, puis les méchants sbires de Monostatos venus arrêter nos héros, se mettre à danser en rond, irrésistiblement charmés par le carillon du même Papageno (2). Mais il y en a d´autres. Telle cette scène de Cosí fan tutte, satire du docteur Mesmer, célèbre pour sa théorie du magnétisme animal en vogue à l´époque, en faisant bondir à l´aide d´un énorme aimant les deux amants à l´agonie. Même dans Don Juan, Mozart ne résiste pas à l´envie de nous adresser un petit clin d´oeil malicieux dans la scène finale du banquet où, l´orchestre jouant un air des Noces de Figaro qui courait alors les rues, Don Juan de protester: „Ah non! Pas celui-là ! Je ne l´ai que trop entendu!”. Ce qui surprendra davantage, notre cher Beethoven, pourtant réputé plutôt mauvais coucheur, nous a laissé un délicieux morceau „Pour un sou perdu” où il exprime ses accès de colère, à la recherche d´une pièce tombée de sa poche. Pensons également à ce charmant mouvement de la Huitième (allegro scherzando) conçu pour célébrer l´invention du métronome. Pour la suite, nous ferons impasse sur les opéras comiques (Don Pasquale, la Fille du Régiment, le Comte Ory, Falstaff, Le roi malgré lui….) pour nous intéresser à la musique de salle. L´exemple qui nous vient à l´esprit est le fameux Carnaval des animaux où Saint-Saëns n´hésite à faire figurer le pianiste au rang des animaux exotiques. Et ainsi de suite. Mais arrêtons là une énumération qui serait trop longue et fastidieuse. Ce qui importe est de reconnaître que la musique dite „classique” nous offre bien des moments de plaisir et de ravissement qui n´ont rien à envier aux autres genres. Sans parler de ces instants qui, sans avoir besoin de donner dans l´humour, nous séduisent par leur charme ou leur allant entraînant. A cet égard, les concertos de Mozart nous en offrent un bel exemple. Mais il y en a mille autres.

Nous avons évoqué les compositeurs et leurs oeuvres. Et les interprètes? Pour le coup, nous pourrions citer bien des concerts ou récitals où ces derniers s´amusent comme des grands enfants, à la joie du public. Tels ces concerts-parodies organisés chaque année à Londres ou encore ce concert donné à la Philharmonie de Berlin où la chanteuse, la soprane et cheffe canadienne Barbara Hannigan, passe son temps à prendre le chef à parti pour finir par lui chiper sa place sur le pupitre (un Simon Rattle complice). Expert en la matière, notre ami Iván Fischer qui adore suprendre son public par des bis inattendus. Par exemple en faisant entonner en choeur par ses musiciens tel chant populaire. Toujours à Budapest, ce „Duel de Divas” organisé voici quelques années où s´affrontaient les sopranes Simone Kermes et Vivica Génaux, chaussées de gants de boxe (3). Alors, que l´on n´aille pas nous dire que la musique classique est (exclusivement) une affaire de gens sérieux!

Malheureusement, elle demeure encore pour beaucoup confinée dans un espace réservé à une élite, fermé au grand public. Ce qui est totalement infondé. Un espoir, toutefois. Avec le développement d´internet, des réseaux sociaux et des supports audio-visuels, elle devient du même coup accessible à toutes et tous. Encore faudrait-il en faire naître l´envie. La pandémie qui sévit actuellement se traduit un peu partout par la multiplication de concerts et récitals transmis sur les réseaux pour être directement suivis à domicile, de plus, gratuitement. Peut-être une occasion pour ouvrir ces oeuvres vers un nouveau public qui ne se serait pas rendu en salle de concert. Il ne faut pas trop rêver, mais il n´est pas non plus interdit d´espérer…

(A cet égard, rappelons que sans attendre la pandémie, Iván Fischer et ses musiciens avaient pris l´habitude de se rendre le soir au devant des jeunes sortis en ville avec ces fameux „Midnght concerts” généralement bien accueillis.)

Pierre Waline, 25 novembre 2020

(1): Le Barbier dont la première, donnée à Vienne en 1816, fut particulièrement mouvementée, avec… un lâcher de chat sur la scène…

(2): La Flûte enchantée qui fut au départ donnée devant un parterre issu des couches populaires, dans un contexte convivial et sans manières. Les représentations étant parfois entrecoupées d´interpellations lancées depuis la salle, ce qui était à l´époque relativement courant.

(3): cf. Le compte-rendu paru dans ces colonnes (novembre 2014).

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