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La langue hongroise ignore les prépositions. Ces dernières étant remplacées, soit par des postpositions, soit, plus couramment, par un suffixe accolé au mot concerné. Suffixes que certains ont vite fait d´assimiler à des désinences, ou cas grammaticaux. C´est ainsi que le site Wikipédia place le hongrois largement en tête des langues d´Europe avec non moins de dix-huit cas recensés. Certes, mais de quoi parle-t´on au juste?

Ce que nous qualifions généralement de „cas” est le fait des langues dites flexionnelles (à flexion nominale), qui „déclinent” leurs noms, adjectifs et pronoms en leur attribuant une désinence exprimant une valeur grammaticale donnée. Cf. nos déclinaisons latines tant rabâchées.

Le hongrois, avec ses cousins, le finnois et l´estonien, ou encore les langues turques et le basque, fait partie d´un autre groupe, dit des „langues agglutinantes”. Qui procèdent généralement par affixes (préfixes, interfixes, suffixes) pour s´exprimer. C´est ainsi que, pour localiser un objet ou une action, alors que la latin utilisera une préposition suivie selon le cas (avec ou sans mouvement) de l´ablatif ou de l’accusatif, le hongrois se contentera de coller un suffixe à la fin du mot. Si l´on étend l´exemple à l´ensemble des prépositions, pour peu qu´elles ne soient pas transmutées en postpositions, on comprendra alors la multiplicité des cas. Ce qui est un peu tricher, du moins si on les met en concurrence avec nos langues réduites tout au plus à six ou sept cas au maximum. Car cela revient à comparer ce qui n´est pas comparable.

Un exemple, pour clarifier notre propos. „Le jardin” se dit en hongrois „a kert”. Pour traduire „au jardin” sans mouvement (in horto), le Hongrois dira „a kertben” (locatif). S´il y a un mouvement entrant (in/ad hortum), il écrira „a kertbe” (allatif). Pour exprimer au contraire un mouvement sortant (ab/ex horto), il écrira „a kertből” (élatif). Pour pousser la comparaison, pour dire „jusqu´au jardin”, le hongrois se contentera d´ajouter le suffixe -ig („a kertig”, terminatif). Etc… Ce qui, en plus de nos cas traditionnels, a amené nos linguistes à inventer de nouveaux cas: allatif („vers”), comitatif („avec”), essif („en tant que”), transmutatif („transformé en..”), etc. La source où nous les avons dénichés en dénombre 37 ! Vus ainsi, nous pouvons les considérer à la limite comme des „cas grammaticaux” pris dans un sens très large. Pour être justes, précisons malgré tout que le hongrois utilise aussi quelques suffixes correspondant à nos cas „classiques”, tels l´accusatif (-t) ou le datif (nak/nek). Par contre, ignorant curieusement le génitif. (1)

De là à les mettre en concurrence avec les désinences de nos déclinaisons (latin-grec, langues slaves), voilà un pas trop allègrement franchi qui fausse la donne. Tel ce classement mentionné plus haut (langues d´Europe). Cela revient à mettre sur un même plan et comparer ce qui n´est pas comparable.

Cette petite leçon (Monsieur Trissoltin) dont on pardonnera la prétention pour tenter de désacraliser une langue que l´on se plaît souvent à faire passer pour impossible et totalement fermée. Dans le cas d´espèce cité, il n´en est rien. Mais rassurez-vous, le hongrois, pour qui souhaiterait s´y atteler, vous sortira de son sac quelques petites surprises et autres chausse trappes à en décourager certains. Mais tenez bon. La langue hongroise n´est pas si hermétique qu´on veut bien se le dire. La preuve: ces étrangers de plus en plus nombreux qui la pratiquent à merveille.

Pierre Waline, 24 février 2021

(1): le génitif étant remplacé pas une possessivation. „Le chien de ma voisine” donnera „(à) ma voisine son chien”. Pour peu que vous ayez à rendre en traduction simultanée „La laisse du chien de la voisine de ma belle-soeur” (le tout inversé), je vous souhaite bien du plaisir!

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