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Interrogée (1) sur un danger qui menacerait à terme l’existence de la langue hongroise, la linguiste Klára Sándor répondit sans équivoque par la négative. Une langue parlée aujourd’hui par 14 millions de personnes ne saurait disparaître, même à long terme, seuls les idiomes pratiqués par des populations inférieures à 100 000 personnes pouvant être considérés, selon elle, comme mis en danger dans notre monde mondialisé, anglicisé. Une réponse que nul ne saurait contester: bien évidemment, la langue hongroise a encore de beaux jours, voire de beaux siècles (je touche du bois..) devant elle.

Menacée dans son existence? Certainement pas. Dans sa grammaire non plus, tant elle est parfaitement structurée, structure originale et logique, base solide sur laquelle repose tout l’édifice et avec laquelle il est pratiquement impossible de tricher. A la différence du français, moins concis, plus... comment dire?... „bavard”...langue avec laquelle on prendra plus facilement des libertés et où même les puristes les plus aguerris pourront se perdre: pensons par exemple au cruel labyrinthe des conjugaisons (imparfait du subjonctif), à l’usage des modes (subjonctif/indicatif), à la règle des accords ou même à la simple orthographe, ....pas si simple que cela, comme vous le dira Bernard Pivot (cf. ses célèbres dictées).

Je n’ai pas été sur les bancs des écoles hongroises, mais j’ai du mal à  imaginer une „dictée hongroise”. Et qui n’a pas consulté chez nous son Bescherelle ou son Petit Robert pour vérifier tel usage ou telle orthographe? Des fautes sont également possibles en hongrois, certes, mais pas à ce point.

Par contre, je suis réellement inquiet pour ce qui concerne le vocabulaire. De plus en plus souvent, j’entends sur des chaînes de radio ou de télévision hongroises des termes qui me choquent, absolument inadaptés à mon oreille magyarisée. S’ils s’agissait de néologismes, passe encore. Mais pas du tout: ces mots viennent chasser et remplacer (j’ai failli écrire „blackbouler”..) d’autres qui, depuis des décennies, remplissaient parfaitement leur fonction et continuent de le faire. Trois exemple pris au hasard: „preferálok”, „differencia” et.. „egálizált” (pour moi le plus beau !!!!.. au sujet d’une rencontre de football). Pour les lecteurs qui ne pratiquent pas le hongrois, l’impression produite est la même que si vous entendiez dire en allemand „ich preferiere”.  Oui, nous disons en français „je préfère”, mais le hongrois dira „jobban szeretek” et l’allemand „ich ziehe vor”. Oui, nous „égalisons” en marquant un but sur nos terrains, mais il me semble que les Hongrois (pour peu qu’ils y parviennent..) „kiegyenlítenek” pour annuler la „különbség” (et non la „differencia”) des scores (tiens, un anglicisme !).

Encore une fois, je n’ai rien contre les néologismes ou termes importés pour désigner des techniques ou concepts nouveaux. Je n’ai rien non plus contre les multiples emprunts qui ont pris leur place depuis la nuit des temps dans nos langues, de façon naturelle (notre „kiosque”- du turc „köşk”, „pavillon”- ou, en hongrois, le „szerda” – du russe „срeДа”, „mercredi” – ou le „bicska”, „canif”  – du turc „biçak”, „couteau”). Ici, le contexte est différent. Il s’agit tout simplement de faire montre de sa prétendue culture en utlisant des racines latines pour épater la galerie. Quitte à sacrifier les termes parfaitement adaptés de sa propre langue. Un phénomène qui m’agace d’autant plus qu’il est souvent utilisé à mauvais escient (oui, ça se dit, je viens de consulter mon Larousse...). Parmi les termes latins qui reviennent le plus souvent, je citerai „summa summorum” qui est peut-être correct, mais prononcé chouma choumorum (latin d’Auvergnat!) , ce qui me fait à chaque fois sursauter, sans compter qu’il est le plus souvent utilisé hors de propos.  (Une idée que je suggère à nos politologues hongrois pour leurs prochains débats: laisser tomber le vieux terme ringard de „alkotmány” pour le remplacer par „konstitució”: ça en jettera !)

Lorsque Molière écrivit ses „Précieuses ridicules” ou ses „Femmes savantes”, il avait de quoi faire avec nos courtisanes de Versailles. Mais à l’époque, rien de tel en Hongrie où la noblesse pratiquait un allemand pur et devait manier, je suppose, un français impeccable. Si notre cher Molière revenait aujourd’hui sur les bords du Danube, je crois qu’il aurait de quoi faire.

On me trouvera bien sévère...voire injuste. Sévère, je le reconnais, injuste, peut-être. Mais il est bien connu que les étrangers sont souvent les plus ardents défenseurs d’une langue, parfois trop zélés (à propos:„zèle” accent grave, „zélé” accent aigu, .... qui s’écrit „aiguë” – e tréma – au féminin !... Vous trouvez ça simple?). 

Mais la langue hongroise est si belle et si originale dans sa structure et son vocabulaire que je souffre de la voir ainsi mutilée, surtout par des Trissotins (2) sauce paprika. 

English or not english ?

Pusique j’ai évoqué au début un entretien radiophonique avec la linguiste Klára Sándor, j’aimerais ajouter un mot au sujet d’un projet du gouvernement hongrois visant à mettre fin à la suprématie de la langue anglaise dans l’enseignement, voire à imposer l’allemand en première langue. Projet que, tout comme Klára Sándor, je juge non seulement non fondé, mais insensé.  Et là, je rejoins totalement son propos que j’espère ne pas trop déformer.

Qu’on le veuille ou non, l’anglais constitue aujourd’hui un outil de communication universel. Plus ou moins utilisé et compris par la moitié de notre population. Le suppimer comme première langue serait donc une ineptie.

MAIS....il conviendrait alors de situer l’enseignement des langues sur deux niveaux:

Un premier niveau qui correspondrait à une pratique de l’anglais courant, mais non littéraire. Qui se bornerait à une compréhension des textes simples et à une conversation d’usage quotidien, quitte à compléter l’enseignement par quelques termes juridiques ou techniques de base. 

Et un second niveau où l’élève pourrait choisir une langue qu’il étudierait de façon plus approfondie. Choix qu’il ferait en fonction de ses goûts personnels (attrait pour la culture, affinité, littérature, musique, originalité linguistique, etc.). Mais une langue (allemand, espagnol, arabe, français, japonais, chinois, russe, italien ou autre, peu importe) qu’il étudierait bien plus en profondeur. Et cette „seconde langue” pourrait d’ailleurs aussi être l’anglais, pourquoi pas, pour qui souhaite lire Shakespeare ou la littérature contemporaine, un peu comme une „spécialisation”.

Je ne suis absolument pas versé dans les sciences de l’enseignement, mais il me semble que nous sommes aujourd’hui à une époque où l’anglais est à prendre à deux niveaux. Celui d’un outil aussi indispensable pour communiquer que l’arithmétique l’est pour compter. Et celui d’un support culturel, au même titre que toute autre langue.

Quant à imposer – en tant qu’étudiée en profondeur sur un long cycle - une langue aux élèves, a fortiori l’allemand, réputée difficile (3), voilà qui nous rappelle l’époque socialiste avec l’imposition du russe, que, finalement, personne ne parlait. Laissons donc les enfants ou adolescents choisir eux-mêmes en fonction  de leurs affinités ou capacités.

Que le gouvernement gouverne, d’accord, mais, par pitié, qui’il ne se mêle pas de tout!..
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(1): Klubrádió, émission „Az Ötös”, du 9 septembre 2011.

(2): personnage sot, tordu et infatué des „Femmes savantes”, bref ... d’actualité.

(3): „difficulté” qui constitue précisément l’argument avancé par les autorités (Rozsa Hoffmann, Secr. d’Etat) sous le prétexte qu’elle aurait un effet formateur sur les potaches.... (encore faudrait-il qu’ils soient motivés..)

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