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„Rajoutez deux lettres à Paris et vous aurez le paradis” disait Jules Renard. Boutade habile, certes, mais exagérée.

Si Paris peut faire l’objet de mille comparaisons parfois des plus flatteuses, ce n’est  pas au „paradis” que je penserais pour la qualifier. En regard des nombreuses déclarations d’amour dont elle peut se flatter, peu de villes au monde auront fait l’objet d’autant de critiques, souvent des plus amères.

Parfois justifiées, pas toujours. Qu’un Suisse nous reproche notre manque de propreté, un Anglais notre manque de civilité ou un Américian l’insolence de nos serveurs, je l’accepterais encore dans certains cas. Mais quand ce genre de réflexions me viennent de Hongrie, souvent exprimées dans les termes les plus durs, j’avoue, pour le coup, me sentir quelque peu contrarié.  

Car si Paris demeure une cible favorite pour les esprits grincheux, il faut tout de même reconnaître que la situation a bien évolué au cours de ces dernières années... 

Quelques exemples. Un reproche qui revient régulièrement sur le tapis: nous ne parlons aucune autre langue que le français ou plutôt (pire) nous nous y refusons... Il est vrai que nous autres ne sommes pas excessivement doués dans le maniement des langues étrangères, mais de là à y voir une réaction d’hostilité, je m’y refuse. Et puis, mes compatriotes évoluent, du moins les jeunes. Lu dans une revue hongroise sur le tourisme (je traduis): „Les Parisiens sont désagréables et vous n’y trouverez d’information  qu’en français”. Lors de mes derniers voyages dans le métro parisien et le RER: inscriptions dans les voitures en 4 langues (anglais, allemand, espagnol, italien - idem pour les distributeurs de billets), annonces en 2 langues (anglais,  espagnol). Alors ne nous jetez pas trop vite la pierre, par pitié! Quant au maniement des langues: il m’est arrivé à maintes reprises d’aider à Budapest des touristes germanophones, les passants hongrois interrogés n’ayant pas été en mesure de leur répondre. Je ne leur jette surtout pas la pierre, mais je demande juste que l’on fasse preuve à notre égard de la même tolérance, ich bitte Sie! 

Autre reproche:  désagréables comme tout, ces Parisiens! Une remarque préliminaire: dans beaucoup de grandes villes, les grands centres touristiques ne sont pas forcément les lieux idéaux pour apprécier la „gentillesse” des autochtones. Si les mauvaises expériences ne manquent pas à Montmartre ou au Trocadero, elle ne sont pas notre apanage et  je pourrais en citer tout autant dans le quartier du Château ou la rue de Váci de Budapest, la piazza Navone à Rome ou la place St Marc à Venise. Mais pour parler du reste, là encore, la situation a sensiblement évolué. Il y a 20 ans encore, lorsque je vivais en Allemagne, je ne supportais pas la conduite (dans les deux sens du terme) des automobilistes parisiens face à la politesse (ou plutôt la dicipline) des Allemands. Les Hongrois aussi me semblaient alors bien plus respectueux du piéton. Aujourd’hui? Aïe! Vases communiquants? Le rapport s’est inversé. Même les fans les plus inconditionnels de Budapest le reconnaissent. Traverser les avenues de la capitale hongroise pour le pauvre piéton que je suis me donne toujours des petites frayeurs...

Quant aux rapports quotidiens, que ce soit dans la rue, les magasins ou cafés, les deux mots que j’entends le plus souvent à Paris sont „Merci” ou „Bonne journée”. C’est nouveau, mais bien réel. A Budapest, si le „Szép további napot” (Bonne journée) commence timidement à se répandre, le „Köszönöm” (Merci) reste par contre une denrée plutôt rare, par exemple lorsque vous tenez la porte à une personne ou la laissez passer devant vous...  Certes, le Parisien reste très superficiel, sans cette franchise et cette générosité que l’on trouve chez beaucoup de Hongrois, mais j’avoue que cette insouciance n’est pas sans faciliter la vie sur la place publique. Maladroit comme tout („Pierre Richard”), il m’arrive souvent de me cogner ou de gêner des passants. Alors qu’il m’est arrivé plus d’une fois de subir les regards furieux, voire remarques cassantes („Nem tud vigyázni?/ Pouvez pas faire attention?”) à Budapest, jamais je n’ai eu le moindre incident sur la place parisienne. Au contraire, à deux reprises, j’ai même eu droit à la réflexion suivante d’une jeune femme à qui je bloquais obstinément le passage: „Oh! Nous allons bientôt faire connaissance!”. Idem si je regarde une femme en souriant dans le bus ou je que je me mets à jouer avec un enfant (Oh, le satire! Oh, le pédophile!).

Un test assez significatif: les vendeuses et chauffeurs d’autobus. Si les vendeuses et caissières hongroises font de nets progrès, d’autant plus méritoires qu’elles sont payées au lance-pierre, les chauffeurs de bus et trolleys continuent par contre à m’intimider quand je me déplace à Budapest. Je ne veux pas donner Paris en modèle, mais reconnaissons un net progrès dans les bus parisiens. „Bonjour, merci” lorsque vous montez à l’avant du bus. Et que de fois voyons-nous le conducteur ouvrir la porte à des personnes hors de l’arrêt. Disons .. huit fois sur dix. Budapest? Pour ma part, zéro fois, voire ouverture refusée au feu à quelques mètres seulement de l’arrêt (cf. angle Andrássy/Nagymező – où j’habite - pour le trolley).

Bon... On va me trouver bien chauvin. Oui, un peu, je le reconnais. Mais si je réagis ainsi, c’est, encore une fois, pour réagir aux  nombreux reproches qui m’ont été adressés. „Párizsban, mindenki bunkó és paraszt (A Paris, il n’y a que des mufles et des péquenots)” m’a lancé avec tact un marchand de journaux (rue Deák) apprenant que j’étais Parisien. Ou encore „Párizsban Disneyland az egyetlen kuturált hely. (Le seul endroit civilisé à Paris, c’est Disneyland)”, lu sur un blog...  

Chauvin, oui. Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître que tout n’est pas rose, très loin de là, dans la vie parisienne (surtout pour ceux qui travaillent): voitures du métro bondées aux heures de pointe, couloirs interminables de ses correspondances ou encore mine renfrognée des foules que vous y croisez le matin, se  pressant à contre-coeur au boulot.

Mais en contre-partie, qu’il me soit permis de citer au hasard quelques petites scènes de la vie quotidienne très récemment vécues à Paris.

Caisse d’une grande surface. Au moment de régler, je déclare à la caissière. „Les billets sont faux”. Réponse immédiate. „Ca tombe bien, car cette caisse ne prend que les faux billets”. Autre caissière: la voyant souriante, je me permets la question „Madame ou mademoiselle?”. Réponse: „Cela dépend. Juridiquement Mademoiselle, mais techniquement Madame”. Au café, alors que je dévore mon omelette en 30 secondes, le serveur s’approche et me chuchotte à l’oreille ”J’espère que vous n’êtes pas aussi rapide avec votre femme”. Etc, etc.

Ce genre de répliques existent bien sûr alleurs aussi, mais le tout est une question de fréquence. Pour ma part, sur les six années que j’ai passées en Allemagne, je vous avouerai ne pas en avoir trop profité. Au contraire, lorsque j’ai risqué dans un restaurant de Francfort ma remarque sur les faux billets, je ne vous dis pas l’indignation que cela a suscité.

Car, pour moi, Paris est un théâtre, un spectacle permament où tout est prétexte à amusement (là où d’autres s’offusqueraient) et c’est là ce qui fait son charme. Regardez donc ces hommes et femmes accoudés au comptoir le matin en train de touiller leur express. La boisson n’y est le plus souvent que prétexte, le principal étant de regarder en coin les voisins et le serveur pour échanger avec eux quelques vannes gentilles ou boutades qui vous mettront en valeur. Mon premier geste dès que je débarque à Paris est d’aller prendre un café pour goûter cette ambiance. Un vrai défoulement. Lors de mon dernier passage, le patron est même venu me serrer la main dès  ma seconde visite. Voilà ce que j’aime...         

Maintenant, pourquoi tous ces reproches? Pour ce qui concerne les Hongrois (.. enfin.. pas tous,  heureusement!),  je pense à une réaction de méfiance. Souvent bloqués par la barrière linguistique, beaucoup appréhendent et ont tendance, un peu comme les sourds, à se sentir moqués ou dupés. Combien de fois ai-je entendu ou lu „Les Français n’aiment pas les Hongrois”, comme si mes compatriotes faisaient la différence! Une réaction qui dénoterait aussi un certain complexe ?... Peut-être.

Vivant à Budapest, il m’arrive fréquemment de recevoir ou rencontrer des touristes français (ou belges) et de recueillir leurs impressions. Je n’entends pratiquement jamais de leur part le moindre reproche sur la ville. Et s’ils en ont (mauvaise expérience dans un restaurant ou magasin), ils s’empressent de dédramatier et de la mettre en sourdine. Il est vrai que Budapest est une bien belle ville. Je suis le premier à le reconnaître et me plairai toujours à le répéter.

Mais ... Paris non plus, n’est pas si mal ! Et vaut bien un déplacement. Alors, par pitié, que l’on cesse ici de décrier une ville qui restera toujours à mes yeux et aux yeux de tant d’étrangers la ville de la liberté, rencontre des amoureux et poètes. Une ville qui appartient à tous, y compris à nos amis Hongrois. Mais je sais que beaucoup aussi le savent et l’apprécient..., ce qui me console des autres.

Qu’ils en soient ici remerciés.

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