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Egy francia Magyarországon - Pierre Waline blogja

Francia születésű, nyugdijas vagyok, Pesten élek. Szeretek itt élni, szeretem Magyarrszágot, a nyelvet, a kultúrát, de jó néha hazamenni Párizsba is. Szeretem a klasszikus zenét. Fontos számomra a kommunikáció, meg a harc az intolerancia és a rasszizmus ellen.

Bof....
Déteste par dessus tout l'intolérance, le nationalisme et le racisme, encore trop répandus...
Mindenek elött a nacionálzmus, az intolerancia és a racizmus ellen szeretnék küzdeni, amelyek sajnos tul gyakori jelenségek a mai világban...

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Décidément, le printemps et l’été siéent tout particulèrement à Budapest: soleil assuré, terrasses bondées,  défilé ininterrompu de touristes et jolies filles sur le Corso. Bref, le Nirvẫna. Au prix d’une forte chaleur, certes, mais tempérée par une légère bise bienvenue, véhiculée par le Danube. Et puis, c’est l’époque des animations diverses dont Budapest regorge: marchés d’artisans, fêtes de la palinka, goulache-parties, festivals de musique, etc.

De toutes ces manifestations, l’une mérite plus particulièrement d’être citée. La Semaine du Livre. Organisée depuis 1929 sur une idée née deux ans plus tôt de l’Assemblée des Éditeurs et Libraires, cette manifestation en est aujourd’hui à sa 86ème édition. A laquelle s’est jointe voici peu une Semaine du Livre d’enfants. Organisée également dans plusieurs villes de province, c’est, à Budapest, sur la belle place centrale Vörösmarty qu’elle se tient (*).

 

150 stands, plus de 300 nouveautés, bref pas de quoi s’ennuyer. Mais, ce qui - au-delà des centaines, voire milliers d’ouvrages que l’on peu y consulter - en fait tout le charme est son caractère festif et convivial. Une véritable fête où se côtoient dans une atmosphère bon enfant grand public, écrivains, éditeurs, artistes, et musiciens. Car, outre l’exposition en soi, les animations se relaient non stop sur deux scènes alternant débats publics, tables rondes, interviews et ensembles musicaux. Mais le plus touchant est d’y retrouver tous ces écrivains sagement assis devant les stands pour y dédicacer leurs ouvrages. Et pas n’importe qui, mais une belle brochette avec les plus illustres d’entre eux, qui se prêtent bien volontiers au jeu, prenant même plaisir à échanger quelques paroles avec leurs visiteurs. 

 

Et  puis cette foule calme, paisible qui défile lentement le long des stands. Ici pas de distinction sociale: tous milieux et tous âges confondus. En cette époque où l’on se pose parfois des questions face à l’emprise d’internet et des médias audio visuels, voilà qui rassure. Car, indiscutablement, cette Semaine du Livre remporte à chaque édition un large succès et je donne à parier que la fréquentation ne va pas baisser cette année.

Certes, il ne s’agit pas ici de descendre en flammes internet dont nous avons tous besoin et sommes largement tributaires. (A commencer par votre serviteur dont le présent „papier” est précisément publié sur le net!!).

Mais j’avoue qu’au-delà de son contenu, le livre en tant qu’objet me demeure indispensable. Un rapport physique irrationnel et inexplicable, mais dont je ne saurais me passer. Le tenir entre ses mains, en sentir l’odeur, en tourner les pages. Voire le choyer et en panser les plaies. Le savoir à ses côtés sur la table de chevet. Et puis, pouvoir le feuilleter à l’envi en le rouvrant au hasard ici ou là sur tel chapitre, tel passage. Un plaisir qui ne fait que renforcer ce lien privilégié, intime, que l’on ressent avec son auteur, ses héros.

Un sentiment qui en fait beaucoup sourire et suscitera des railleries, mais dont je sais néanmoins qu’il est partagé par la majorité, telle cette foule si sympathique avenante, ouverte et curieuse, croisée entre les stands.

Non, grâce à Dieu, le livre n’est pas mort et ce n’est pas encore demain que l’on chantera  son requiem !

PW – 5 juin 2015

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(*):  „86. Ünnepi Könyvhét és 14. Gyermekkönyvnapok”, 4-6 juin

  

Voilà qui ne s’était pas produit depuis trente ans: un film hongrois vient de se voir récompensé par le Grand Prix du jury au festival de Cannes. „Le fils de Saül” de László Nemes. Une reconnaissance plus que largement méritée. Car il s’agit là d’une oeuvre majeure qui va marquer pour longtemps l’histoire du cinéma. Inutile dêtre un cinéphile averti (que je ne suis pas) pour en saisir toute la dimension. Pour celles et ceux qui, comme moi, ont eu le privilège de le voir en avant-première: un choc

Tout a été dit sur ce film qui constitue le premier long métrage de ce jeune metteur en scène âgé de 38 ans. László Nemes nous y plonge dans le monde des Sonderkommandos du camp d’Auschwitz, ces équipes de prisonniers juifs contraintes d’assister les SS dans le chargement et le nettoyage des chambres à gaz et fours crématoires, eux-même condamnés à être éliminés à leur tour.

 

Le fils de Saüln’est pas un film sur l’holocauste. Il ne cherche pas à en décrire et dénoncer directement l’horreur, de face. Non. Mieux que cela, il nous place près de deux heures durant dans la peau d’un membre de ces kommandos, le Hongrois Saül, pour nous faire voir à travers son regard, nous faire entendre à travers son ouïe, strictement ce qu’il voit et entend et rien d’autre, mais dans le moindre détail: bruits sourds d’une porte claquée, hurlements des SS, cris et pleurs.

Affecté aux chambres à gaz et fours crématoirtes dont il doit assurer la „bonne marche” (nettoyage des salles de douche, enlèvement des cadavres, ramassage des vêtements et effets des gazés, chargement des fours, épandage des cendres dans la rivière voisine), Saül croit reconnaître son propre fils parmi les victimes gazées.

C’est là où la fiction vient se mélanger à la réalité, le film (que Nemes a mis 5 ans à réaliser) étant basé sur des documents authentiques (1).

Totalement déshumanisé, désensibilisé, moralement et littéralement anéanti par sa tâche, Saül va alors avoir un sursaut. Au prix de sacrifices surhumains et de risques fous, il va se fixer pour but de récupérer le corps de l’enfant et lui offrir une sépulture décente, trouver un rabbin qui l’accompagnera en récitant la prière du kaddish.     

Ce qui est beau - et fait, par exemple, la différence avec la Liste de Schindler: ici, Nemes ne „trivialise pas” (pour reprendre le reproche de Lanzmann à l’adresse de Spielberg) en utilisant l’holocauste comme décor. Il se propose de nous montrer la Shoah telle quelle, dans la réalité crue de ses détails quotidiens, à mains nues. Mais sans tomber non plus dans le voyeurisme. Il nous livre tout bonnement le regard de Saül, dans des images d’ailleurs souvent floues ou embrumées, dans un monde sonore de bruits assourdissants. Sans jamais nous montrer la mort en face. Et c’est précisément ce qui fait sa force.

Autre force du film: cette touche d’espoir qui, dans le combat incroyablement obstiné du père pour honorer la dépouille de son fils, nous fait encore espérer en l’Homme, même au plus profond de l’enfer.  

Mieux peut-être que les éloges du jury, Claude Lanzmann, auteur de la Shoah, a lui-même pleinement approuvé le film de Nemes et aurait même déclaré reconnaître en lui „son fils” (2).

Une oeuvre majeure - également plébiscitée par la critique et le public du festival - qui fera date dans l’histoire du cinéma. Seul petit regret: qu’il n’ait reçu la Palme d’or qu’il eût probablement méritée.

 PW – 24 mai

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(1): Les voix sous la cendreou Rouleaux d’Auschwitz-Birkenau, lettres de prisonniers rassemblées entre 1945 et 1980, et publiées par le Mémorial de la Shoah.

(2): interview publiée par Téléramna (24 mai)

 

Voilà une oeuvre pratiquement jamais jouée et qui constitue pourtant l’un des temps forts du répertoire classique : « Les Sept dernières paroles du Christ en croix » de Joseph Haydn, dans sa version oratorio.

Merci donc au chef György Vashegyi de l’avoir inscrite au programme d’un concert récemment donné à l’Académie de musique de Budapest à la tête de  la Philharmonie nationale et du Choeur national hongrois.

 

 

L’oratorio de Haydn était précédé en première partie de deux œuvres de Mozart : l’ouverture de la Flûte enchantée et le concerto pour piano en ut majeur K 503 (n°25). Œuvres majeures, mais dont l’interprétation, bien que très applaudie, ne me parut guère convaincante, avec notamment des cuivres au timbre quelque peu acide et agressifs dans l’ouverture. Quant au concerto - dont le début du thème initial, au rytme entraînant, annonce les premières notes de notre Marseillaise - le soliste en était un jeune pianiste de 18 ans que l’on dit talentueux, ce que je veux bien croire, mais dont le jeu me parut ici cruellement manquer de souffle. Il se rattrapa heureusement avec brio dans le bis joué (enfin !) avec énergie (« Colère pour un sou perdu » de Beethoven). Son nom : Mihály Berecz.

Mais venons-en au temps fort de la soirée: « Les Sept dernières paroles du Christ en croix » dans sa version oratorio. Écrite à l’origine pour orchestre, puis pour quatuor à cordes avant d’être transcrite au piano, l’oeuvre fit en définitive l’objet d’une version chantée.  Il s'agissait à l'origine d'une commande destinée à accompagner l'office du Vendredi saint dans une église de Cadix en Espagne, chaque parole du Christ lue par le prêtre devant être suivie d’un motif muisical invitant les fidèles à la méditation. Commande qui datait de 1786. C’est six années plus tard qu’un prêtre allemand en réalisa une version chantée sur un texte de son cru. Découvrant un peu plus tard - tout-à-fait par hasard - cette adaptation, Haydn entreprit alors d’en réaliser lui-même la version définitive sur un texte de son ami Gottfried van Swieten. Version oratorio qui date de 1796, soit de 10 ans postérieure à la première version.

Non prévue au départ, voire due à un pur hasard de circonstances, cette version n’en constitue pas moins l’une des œuvres majeures du compositeur viennois. Il faut dire que, auteur de nombreuses messes déjà bien rôdé à la musique religieuse, Haydn allait se révéler l’un des grands maîtres de l’oratorio avec La Création, puis Les Saisons, respectivement composées deux ans et cinq ans plus tard.

Sans adopter les dimensions de ses deux futurs chefs d’œuvre et dans un style plus austère, Haydn offre ici une place de choix au chœur, pratiquement sollicité de la première à la dernière note, introduction et intermède mis à part. Un choeur qui, dans l’interprétation qui nous fut donnée ce soir-là, ne déçut pas, bien au contraire. Accompagné par un quatuor de solistes également fort inspirés. Seul l’orchestre me parut peut-être un petit rien en retrait, légèrement couvert par le chœur aux voix puissantes. Mais dans l’ensemble, ce fut une fort belle interprétation et un hommage revient en premier lieu au chef, György Vashegyi qui, parfaitement rôdé à ce type de musique, dirigea le tout avec maîtrise et précision (1).

Hommage lui soit rendu également pour avoir eu le courage d’inscrire à son programme cette œuvre pratiquement méconnue. Ceci dit, les Hongrois le devaient bien au compositeur autrichien qui fut aussi un peu des leurs (2)…. 

Décidément, la vie musicale de Budapest nous réserve de bien belles surprises.

PW – 21 mai 2015

(1)     : Fondateur et chef attitré d’un ensemble et chœur baroques au demeurant remarquables (orch. Orfeo, choeur Purcell), Gy. Vashegyi est notamment spécialisé dans l’interprétation des oratorios.

(2)     Né dans un village du Burgenland tout proche de la Hongrie, Haydn passa la plus grande partie de sa vie au service d’une famille princière hongroise, les Eszterházy.

Ce n’est pas que je sois un grand adepte des interprétations sur instruments anciens. J’aurais même plutôt tendance à m’en méfier. Mais pour le coup, un concert récemment donné à Budapest sur instruments d’époque nous a offert un moment de pur bonheur (1). Au programme Les Saisons de Haydn, interprétées par l’orchestre Orfeo et le choeur Purcell. Deux formations hongroises qui fêtent aujourd’hui leurs 25 ans.

Et pourtant...  les interprétations de haut niveau de ce chef d’oeuvre ne manquent pas, qui ne nous en rendent que plus exigeants. Tels les enregistrements du jeune Karajan ou de Karl Böhm ou encore, sur instruments anciens, ceux de John Eliott Gardiner ou Nikolaus Harnoncourt, pour ne citer que ces quatre entre mille autres. 

Malgré tout, je crois avoir entendu cette fois-ci Les Saisons, comme jamais auparavant. La clarté et la fraîcheur des instruments aidant, j’avais l’impresssion de me retrouver dans la nature où m’étaient dévoilés mille petits détails passés auparavant inaperçus; tel ce grillon dissimulé sous un brin d’herbe, ce moineau blotti au coeur d’un buisson ou simplement ce léger souffle qui fait frémir une branche.

 

Car l’oeuvre de Haydn n’est autre qu’une invitation à découvrir la nature au fil des quatre saisons et à rendre hommage à son Créateur. Une musique qui nous en dépeint magistralement les mille facettes. Telle cette brume sombre et glaciale de l’aube qui se disperse peu à peu pour laisser filtrer les premiers rayons du soleil; rayons qui se faufilent d’abord timidement, puis franchement pour culminer dans la fournaise étouffante de midi (début de l’Été).       

Une partition particulièrement riche, haute en couleurs qui exige des instrumentistes des sonorités claires et franches, notamment pour les bois, ici admirablement traités.  Le reproche que l’on fait parfois vis-à-vis de ce genre de formation est leur imprécision et des notes approximatives, notamment côté cuivres, ou encore ces cordes miaulantes ou grinçantes à vous hérisser les oreilles.

Ici, rien de cela. Bien au contraire ! Des sonorités franches et claires et une impression générale de fraîcheur. Idéal pour mieux pénétrer la musique de Haydn. Une oeuvre stimulante qui respire la jeunesse à pleins poumons; et pourtant, que le maître nous servit alors qu’il avait presque 70 ans. Sacré Papa Haydn (2) !

A signaler au passage le fort beau texte dû au baron Gottfried van Swieten, frère de Loge du compositeur. Un texte poétique à souhait, parfois trop idyllique, et pouvant prêter à sourire par sa naïveté excessive (Tout est beau, tout est parfait, tout le monde, il est gentil; merci, doux Seigneur!). Mais bon, c’était le style de l’époque... Une époque (fin XVIIIème) où, après la froideur baroque, la Nature reprenait ses droits. Une époque à la croisée des chemins entre un classicisme bien sage et un romantisme ennemi de l’ordre, entre rationalisme et sensisibilté à fleur de peau. Une époque notamment marquée en Allemagne par le mouvement Sturm und Drang (3).        

Pour en revenir à nos interprètes de Budapest, une mention spéciale revient aux excellents solistes (4), dont la jeune et charmante soprane Emőke Baráth à qui nous pouvons promettre sans nous risquer une belle carrière.

Et en appui, un choeur impeccable, répondant au quart de tour. De plus, pour les dames, vêtues de merveilleuses robes des plus élégantes, chacune de coupe et de couleur différente, ce qui nous change de ces sinistres uniformes que l’on impose trop souvent.  

Et merci aussi au chef György Vashegyi qui nous a déjà habitués à de telles prestations. Un orchestre et un choeur fondés voici 25 ans, mais que leur chef a su porter au plus haut niveau et désormais reconnu sur la scène internationale.

Décidément, avec cet ensemble et le prestigieux orchestre du Festival, Budapest fait et bel et bien partie des toutes premières places en Europe en matière de musique classique.

Pour notre pur bonheur...

PW – 13 mai 2015   

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(1):  le 11 mai au Palais des Arts (Müpa)

(2):  c’est ainsi que l’appelaient affectueusement ses élèves, à commencer par le jeune Beethoven lui-même.

(3):  littéralement « Tempête et élan »,  du titre d’une pièce : mouvement littéraire opposant au rationalisme du siècle des Lumières (« Aufklärung »), les exigences de la sensibilité (« Empfindlichkeit »), le refus des contraintes sociales, la mise en avant du génie populaire face à l’idéal classique. Influença le jeune Goethe.

(4): Emőke Baráth, soprane, Krisztián Cser, ténor, László Kálmán, basse.

Prenez un gouvernement en perte de vitesse, ajoutez une opposition (démocratique) désunie, secouez le tout:  il en sortira un parti d’extrême droite renforcé. Où se déroule la scène? En France, bien sûr ! Mais encore? En Hongrie.

Certes, si la comparaison saute aux yeux, le parallèlle ne va guère plus loin. Non seulement parce que lesdits gouvernements émanent l’un de la droite, l’autre de la gauche. Mais aussi et surtout parce que leurs extrêmes droites n’ont plus trop de points communs entre elles. Face à un Front national relooké à l’image de sa patronne, le Jobbik hongrois fait bien davantage frémir, milices paramilitaires en tête qui, rappelant de vieux bruits de bottes et arborant des insignes proches de ceux des sinistres Croix fléchées nazi, vont régulièrement semer la terreur auprès des Roms et ne tarissent pas de violents slogans antisémites.  

 

 

Autre différence de taille: la personnalité des deux dirigeants, A ma gauche un François Hollande taxé de mollesse, inodore et sans saveur. A ma droite un Viktor Orbán habile stratège et maître en matière de communication. Mais ... bien peu scrupuleux.

Il faut dire que les affaires ne sont plus si brillantes que par le passé pour le Premier ministre hongrois. Si les données macroéconomiques sembleraient plutôt favorables, la grande majorité des ménages a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts face à une minorité outrageusement privilégiée. Mais au-delà et surtout, les proches de Viktor Orbán se trouvent de plus en plus impliqués dans des affaires de corruption. La dernière en date étant liée à la faillite d’une société de courtage (Quaestor) qui a émis pour près de 150 milliards de forints (500 millions d’euros) d’obligations fictives, faisant des dizaines de milliers de victimes parmi les petits épargnants.       

Résultat: perte de sièges lors des deux dernières élections partielles, avec notamment l’élection d’un  député du Jobbik (extrême droite) en remplacement d’un député du Fidesz (parti d’Orbán) et perte au Parlement de la majorité des deux tiers.

 

 

La réaction du Premier ministre ne s’est pas fait attendre. Lancement d’une campagne populiste visant à faire oublier les affaires de corruption en cours et à récupérer une partie de son électorat passé à l’extrême droite. Sur des thèmes qui ont toutes chances de plaire: l’immigration et la peine de mort.

Sur le premier point, le gouvernement vient de mettre au point un questionnaire qui va être posté à 8 millions de citoyens. Derrière les 12 questions posées sont entre autres suggérées la mise en détention et l’expulsion des immigrants illégaux, ou encore l’obligation faite aux migrants de participer aux frais de leur détention par un travail forcé. Des questions qui vont sans doute plaire à beaucoup, d’autant qu’elles laissent clairement entendre que le terrorisme serait lié à l’immigration - ce qui est on ne peut plus faux - et  que les coûts liés à l’immigration seraient mieux utilisés pour favoriser la natalité auprès des jeunes ménages hongrois. Le tout agrémenté de critiques non voilées vis-à-vis de l’Europe. Bref, tout pour plaire! Et qui va mettre encore davantage d’huile sur le feu dans un pays déjà refermé sur lui-même et de plus en plus isolé... 

Un pays qui souffre au contraire d’une forte émigration avec près d’un demi million de jeunes partis pour l’étranger depuis l’arrivée de Viktor Orbán au pouvoir. Un pays confronté, certes, à l’arrivée de réfugiés, notamment en provenance du Kosovo, mais sans aucun rapport avec ce que connaissent ses voisins de l’Ouest. Sans oublier que tout au long de l’Histoire, de nombreux Hongrois ont eux-mêmes trouvé refuge à l’étranger, notamment en 1956.    

L’autre sujet remis à l’ordre du jour par Viktor Orbán: la peine de mort. Déjà évoquée il y a un an („Elle vaut bien une messe”), la peine de mort vient de faire l’objet  d’une nouvelle déclaration de sa part, à la faveur d’un meurtre commis dans un petit commerce: "La question de la peine de mort doit rester d'actualité, la dissuasion est nécessaire".

Sachant que, non seulement l’Union européenne, mais le Conseil de l’Europe interdit à ses membres le recours à la peine capitale, Viktor Orbán sait fort bien que la mesure ne pourrait être prise, à moins que de s’exclure d’office de l’Europe institutionnelle. Tout porte donc à penser que ce n’est que pur verbiage destiné à plaire (1), en quelque sorte un os à ronger pour l’extrême droite et les déçus du régime...   

 

Un pas de plus dans la démarche populiste du Premier ministre hongrois. Un pas qui le rapproche davantage de notre Front national et l’éloigne de nos droites conservatrices traditionnelles.

Mais qui risque fort d’être payant. 

PW 30 avril  2015

 

(1): en 2013, un sondage donnait les deux tiers de la population favorable à la peine de mort (Source: Tárki, citée par Klubrádió)

 

 

„L’amour de l’homme par la musique”: tel est le titre que j’avais un jour donné à un exposé consacré à Beethoven... Sans vouloir blesser la modestie d’Iván Ficsher, voilà un titre que je reprendrais volontiers pour qualifier la démarche du chef hongrois. Ceci à propos d’un film-portrait qui lui est consacré, sorti récemment sur les écrans de Budapest (1). Un film qui donne la part belle à la musique, certes, mais qui ne devrait pas décourager les non mélomanes, car son message va bien au-delà. 

Soixante quinze  minutes durant, nous accompagnons le chef et son orchestre(2) au fil de leurs tournées de par le monde (dans une bonne douzaine de villes sur trois continents). De scènes alternant extraits de concerts ou répétitions, moments de détente et confidences.

 

Un coup de chapeau tout d’abord aux auteurs du film. Prise de son somptueuse, images par moments à vous couper le souffle, le tout sur un rythme rapide, jamais ennuyeux.

 

Le message est clair. Tout d’abord, au plan technique (pardon pour le terme ingrat!): Iván Fischer nous explique pourquoi lui et son entourage aiment partir si fréquemment en tournée. Au-delà du fait que ces déplacements contribuent à servir l’image de la Hongrie aux quatre coins du monde, ces tournées offrent un cadre idéal pour éviter à l’orchestre de s’enfermer dans la routine; sortir de son milieu habituel pour s’adpater à des publics, à des salles, à des acoustiques, à des ambiances différentes. Et puis, mieux se connaître et s’apprécier par une meilleure proximité et convivialité. Car, comme le rappelle Fischer, le but recherché n’est pas le succès en soi, mais le plaisir de jouer ensemble, la souplesse et l’ouverture, la proximité avec des publics nouveaux et la joie de faire partager sa passion. Au point que les musiciens profitent parfois de ces déplacements pour aller jouer hors des salles (hôpitaux, écoles) et se produire par petites formations, présenter leurs instruments aux enfants; comme le cas nous est ici présenté au loisir d’un déplacemnent en Chine.

L’orchestre, un microcosme qui traduit la vision que Fischer se fait de la société dont il rêve: un milieu de tolérance où chacun côtoie l’autre sans se préoccuper de ses opinions politiques, se souciant avant  tout de produire le meilleur de soi et de vivre en harmonie. Une société malheureusement à mille lieues de cette Hongrie actuelle où les tensions exacerbées enveniment le climat général.

Petite cerise sur le gâteau, le film nous offre de larges extraits de répétitions des Noces de Figaro, ici à l’occasion de leur représentation à New York. Nous y découvrons un Fischer metteur en scène et acteur hors pair, qui n’hésite pas à s’impliquer physiquement pour montrer le jeu aux acteurs. Un jeu au demeurant plein de trouvailles. Comme il l’avoue lui-même, Fischer n’établit pas de distinction entre musique et théâtre, tous deux au service d’une même expression.   

Et pour terminer en beauté, le film se conclut sur une scène assez cocasse,. Mais qui ne surprendra pas les habitués: Iván Fischer ponctuant un concert dans la grande salle du Palais des Arts de Budapest...en faisant répéter puis chanter par les quelque 1200 auditeurs un choral de Bach. Et ça marche!

Merci aux cinéastes de nous avoir offert ces beaux moments et merci à vous et votre orchestre, cher Iván Fischer, de nous faire partager tout au long de la saison votre amour de la musique, votre amour tout court.

Bonne nouvelle pour les non magyarophones: il en existe également une version sous-titrée en anglais (visible au Cirko).

PW – 18 avril 2015

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(1): „Fischer Iván”  (74’),   film d'András Sólyom, donné dans les salles d’Art et d’Essai de la capitale (Cirko, Müvész, Puskin, Tabán, Toldi)

(2): l’orchestre du Festival de Budapest - Budapesti Fesztiválzenekar - qu’il fonda voici plus de trente ans avec le pianiste Zoltán Kocsis, phalange reconnue aujourd’hui comme l’une des meilleures au monde.

 

 

(sur la base de propos recueillis par Éva Vámos et Pierre Waline)

 

«Festival» : manifestation à caractere festif, organisée à époque fixe (Wikipédia).

Lorsque ses fondateurs Zoltán Kocsis et Iván Fischer choisirent de baptiser ainsi l’orchestre du Festival de Budapest (Budapesti Fesztiválzenekar), comme ils étaient inspirés !  C’était en 1983 et sa destination initiale était effectivement de ne se produire que de façon saisonnière. Mais à partir de 1992, l’orchestre devint permanent. Donc «à époque fixe »: non. Mais «de caractère festif » : que oui ! Car chacune de ses interventions est effectivement accueillie comme une fête. Une phalange désormais reconnue par la presse (New York Times, Le Figaro)comme parmi les meilleures au monde. Grâce à son chef Iván Fischer. 

Iván Fischer qui donna récemment une conférence de presse dans l’appartement de famille qu’il a aménagé en «appartement de scène» (színházlakás) face à l’opéra.

 

     

Dans une intimité empreinte de simplicité et de chaleur - toute à son image -, le chef présenta aux journalistes le programme de la saison 2015-2016 (1) programme où l’accent est mis, au-delà des concerts traditionnels en salle, sur des interventions «hors les murs». Pour aller au-devant du public, notamment des jeunes, des tout jeunes et des familles ou en multipliant les tournées à l’étranger. Car, pour Iván Fischer, l’important n’est pas de jouer parfaitement (ce que, de toute façon, son orchestre réalise), mais de savoir s’adapter, ne pas s’enfermer dans la routine, se renouveler, changer de cadre et de public pour gagner ainsi en souplesse et, surtout faire aimer la musique à un plus large public possible. Un peu à l’instar de ce que fait en France un Jean-Claude Casadesus.

Tels ces concerts-chocolat de 16h30 (kakaókoncert) destinés aux plus petits : 11 dans l’année, dont un spécialement consacré aux enfants autistes (Autizmusbarát kakaókoncert). Ou encore les Midnight musics où, quatre fois par an,  le chef et sa phalange n’hésitent pas à côtoyer le monde des discos pour aller la nuit au devant des adolescents : un franc succès. Parallèllement à cela, Iván Fischer et son orchestre s’emploient à encourager l’enseignement de la musique en allant dans les écoles avec un temps fort dit «Pique-nique familial » : une journée au cours de laquelle parents et enfants auront tout le loisir de côtoyer les musiciens, découvrir leurs instruments, voire les essayer (cette année, le 7 juin).

Et, cerise sur le gâteau, Fischer et ses amis vont nous offrir cette année un immense Concert dansant en plein air, sur la place des Héros de Budapest (TérTáncKoncert) sous le mot d’ordre à l’adresse des enfants  «Viens danser avec nous». Tandis que l’orchestre jouera le Songe d’une Nuit d’été, plus de 200 enfants venus de province, issus de milieux en difficulté (dont la moitié de roms) danseront au pied du podium. Cette manifestation, ouverte à tous, viendra presque à point pour fêter l’été - d’où le choix de l’œuvre - puisqu’elle se tiendra le 18 juin.

Autre trouvaille du chef : le montage de concerts-surprise (Titokkoncert, «Concert secret ») dont le programme n’est révélé au public qu’au tout dernier moment. Telles les trois soirées qui clôtureront l’année les 26, 27 et 28 décembre prochains. Des concerts «surprise» de tout points de vue, non seulement le programme demeurant inconnu, mais le chef y réservant des effets inattendus; telle cette danseuse émergeant de derrière le timbalier pour accompagner le Boleró de Ravel ou ces musiciens se mettant à danser au son du Tango de Stravinsky. Des concerts-surprise qui se tiennent traditionnellement dans la belle salle Jugendstil de l’Académie de musique qui s’y prête particulièrement par son ambiance conviviale. 

Pour ce qui est du programme proprement dit, relevons entre autre la prochaine «Journée marathon» qui sera consacrée le 31 janvier à Felix Mendelssohn (2. Une saison qui s’ouvrira à nouveau avec le festival international «Bridging Europe » (Passerelles sur l’Europe) dont le pays «vedette» sera cette année l’Autriche (d’où un accent mis entre autre sur les musiques de Mahler et Mozart).

Et, bien évidemment, encore et toujours des tournées : d’Edinburgh au Concertgebouw d’Amsterdam en passant par Londres, Rome, Athènes, Bonn, Vienne, Aix en Provence, Toulouse, les USA, le Canada et bien d’autres destinations. Interrogé à ce sujet, Iván Fischer n’hésita pas à souligner l’importance de ces sorties qui prennent, certes, beaucoup de temps et d’effort. Mais, tout en renforçant la convivialité entre les membres de l’orchestre, ces tournées obligent les musiciens à s’adapter à des environnements (salles, acoustiques, publics) nouveaux et gagner ainsi en souplesse. Sans compter la plus value inestimable qu’elles apportent à l’image du pays de par le monde. Et puis, non sans humour, Iván Fischer ajouta d’un sourire espiègle qu’en tournée, ces dames et messieurs sont d’autant plus libres pour se consacrer à la musique, qu’ils n’ont pas le soir conjoint et enfants pour les en  distraire !…

Autre temps fort de cette saison 2015-2016: reprise de La Flûte enchantée (3 à l’étranger (dont New York) avec des dialogues en anglais. A cet égard, le chef va innover en présentant également à Budapest une version de la Flûte avec dialogues en anglais, ceci pour ne pas léser les nombreux expatriés - non magyarophones - résidant à Budapest. A noter sur vos tablettes : la date du 6 mai, car les places vont à coup sûr très vite partir.   

Egalement à noter : le renouvellement en cours du contrat avec la chaîneMezzo.

Pour terminer, projection de la bande annonce d’un film consacré au chef et aux tournées de l’ochestre qui sortira dans les salles de Budapest le 12 avril prochain.

 

♫ ♪

Iván Fischer et la France

Interrogé sur ses relations avec la France et son public, Iván Fischer n’hésita pas à les qualifier d’emblée d’excellentes. Tant pour ce qui concerne les salles que le public. Se produisant régulièrement à Pleyel et à la Cité de la Musique, le chef et son orchestre n’ont pas encore eu l’occasion de tester la nouvelle salle de la Philharmonie, ce qui ne saurait tarder. Quant au public, Iván Fischer ne nous cacha pas son enthousiasme, et ce non seulement à propos du public parisien, mais également pour le public lyonnais où, se rappelant qu’il fut plusieurs années directeur musical de l’Opéra de Lyon, il y a encore de nombreux amis qui suivent fidèlement ses concerts.

Quant à la musique française, le chef hongrois apprécie tant la musique contemporaine (telle celle de son ami Pierre Boulez) que la musique baroque (Rameau, Lully) en vogue à la cour de Versailles; la qualifiant selon le terme français de « bon goût ». A tel point que deux soirées vont lui être exclusivement consacrées (les 27 et 28 novembre sous la direction de Kujiken).

Pour terminer, Iván Fischer exprima sa reconnaissance envers la France pour l’avoir décoré Chevalier des Arts et des Lettres.

Certes. Mais à quand une Légion  d’Honneur qui serait plus de mille fois méritée ? Puissions-nous être entendus…

PW – 29 mars 2015

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(1) : Programme disponible en hongrois sous le lien suivant :

https://www.facebook.com/Fesztivalzenekar/app_331489720387828

(2) : les concerts-marathon sont organisés une fois par an dans la cadre du Palais des Arts de Budapest : suite de concerts non stop consacrés à un compositeur donné, du matin (10h30) au soir (22 heures), agrémentés de projections de films. Ont fait l’objet entre autres de concerts-marathon : Dvořák, Beethoven, Schubert, Mozart, Bartók, Bach  ou encore (cette année) Stravinsky.

(3)cf. le compte rendu de la Flûte enchantée paru dans ces colonnes le 7 mars dernier.

   http://www.francianyelv.hu/kozosseg/blogok/egy-francia-magyarorszagon-pierre-waline-blogja/la-flute-enchantee-sous-la-baguette-magique-d-ivan-fischer-un-pur-ravissement

 

 

 

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