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Il est tôt, cinq heures, ce vendredi 17 Mai 1935. C’est un moment que Louis aime particulièrement, le départ en mission à l’aube. Il se lève dans un frisson qui chasse le dernier engourdissement de ses muscles et s’habille rapidement tout en se préparant mentalement à cette sortie habituelle de repérage photographique. Il vérifie soigneusement son matériel, les objectifs, les lentilles, les pellicules.

Les clichés doivent être d’une qualité irréprochable pour servir de source précise de renseignement. Louis aime travailler avec l’adjudant‐pilote Radar – au nom prédestiné ‐ son co‐équipier de ce matin car Radar sait trouver, avec son avion, un bon angle de position et l’y maintenir pour lui permettre de shooter dans la plus grande stabilité. 

D’un geste rituel ils se serrent la main avant d’aborder le marchepied, de se laisser tomber dans le cockpit et d’ajuster les sangles de sécurité. Louis entame son 1450ème vol. 

La nuit a été belle, lavée à l’aube par une pluie fine et dense qui rend le ciel plus clair, plus transparent, l’air plus léger et les odeurs plus fines. Louis s’amuse à séparer les senteurs de la nature de celle du kérosène, il s’entraîne à cet exercice à chaque départ comme pour s’ancrer dans une réalité qui va s’éloigner au fur et à mesure de la montée en altitude. 

Dans la solitude du vacarme de l’engin, la première heure de vol jusqu’à l’arrivée sur le site lui laisse la liberté de s’abandonner à ses pensées et réflexions. Il vagabonde donc de souvenir en souvenir et revit son arrivée au groupe de bombardement de Bierset‐Awans le 11 Mars 1926, son enthousiasme ardent, sa fierté d’y être admis, l’accueil tout à la fois chaleureux et sévère du commandant d’escadrille Bezin.

Il sait que c’est grâce à sa volonté et à son caractère ferme qu’il est devenu l’aviateur compétent que ses collègues estiment. Et c’est vrai que souvent, de jour comme de nuit,

il s’offre spontanément pour remplacer en vol un de ses collègues ou pour exécuter une mission difficile. Il a le sourire aux lèvres en repensant aux marques de reconnaissance reçues : la décoration militaire, la médaille d’or de l’Ordre de Léopold II et les palmes de l’Ordre de la Couronne. Mais surtout, aujourd’hui ‐ et pourquoi aujourd’hui ? ‐ il pense loyalement à tous ceux qui, comme lui, avaient choisi d’oeuvrer sans défaillance à la mise au point continue de la défense de la Belgique dans l’arme qui, hélas, offre encore le plus de risque. 

Il n’oubliera jamais Mathen, Alberty, Patron, Calembert, Renoy, Delvenue, Heintz, Winckert, les aviateurs originaires de l’Arlonnais ou de la province de Luxembourg. Ils ne sont jamais revenus. 

Une secousse le bouscule, il se rassure vite en remarquant le geste d’excuse de Radar puis repart dans ses souvenirs, dans un autre monde, avec ses amis du cercle d’escrime. 

Il y pratique l’épée de combat. Il a choisi son épée avec le plus grand soin : elle est bien équilibrée, solide, belle, ni tranchante, ni pointue. 

La sécurité devient vite une forme de vie chez les aviateurs et Louis y est particulièrement attaché, mesurant avant chaque mission la hardiesse qu’il doit mettre dans une manoeuvre pour atteindre au plus près le but fixé par ses supérieurs. L’escrime non plus, ne peut échapper à cette règle. 

Au fil de ses souvenirs et emporté par Radar, Louis atteint vite l’objectif à photographier et accomplit sa mission avec application. 

Sur le chemin du retour, il pense avec amour à Marguerite, sa bonne amie. 

L’avion se pose sur la base de Bierset de Liège à sept heures trente, comme prévu dans le programme de mission. Dès leur descente d’avion, Louis et Radar se précipitent au réfectoire et prennent leur petit déjeuner avec leurs compagnons d’escadrille. Les plaisanteries fusent, les nouvelles, les ambitions, les tâches, les missions à venir sont discutées. 

D’ailleurs Louis doit repartir immédiatement pour une mission expérimentale. Une mission simple mais délicate, en compagnie de l’adjudant‐pilote Parthoens. Il s’agit de procéder au lancement de parachutes lestés de sacs de sable. Ces parachutes ont été attachés de part et d’autre sous les ailes de l’engin, à l’emplacement des lance‐bombes. 

A neuf heures, après une poignée de main, Louis et Parthoens grimpent à leurs places respectives, vérifient les paramètres de sécurité sous les regards des autres aviateurs réunis pour assister à cet essai. 

L’avion vient à peine de décoller, lorsque soudain un parachute se détache du côté gauche. Le sac étant retenu au plan, l’engin de sauvegarde se déclenche et provoque automatiquement un freinage de l’aile. Celle‐ci s’inclinant brusquement, l’avion qui ne se trouve qu’à une trentaine de mètres d’altitude s’engage à gauche dans une spirale assez serrée et s’écrase au sol, non loin de l’aéroport. Il prend feu aussitôt. 

Louis est conscient, conscient des événements, du danger et de la douleur qui progresse au rythme du feu dont le bruit est assourdissant, ce qui rend vaine toute tentative de communication avec Parthoens. 

Un habitant de Bierset arrive le premier sur les lieux et tente courageusement de dégager Louis qui lui demande de sauver d’abord son compagnon car il a une femme et un enfant de quatorze mois. Entretemps le lieutenant‐médecin, le docteur David et les autres aviateurs arrivent sur place. Parthoens a perdu la vie et Louis est grièvement brûlé à la tête et aux membres. Il souffre mais il est en vie ! 

Une ambulance le transporte à l’hôpital militaire de Liège. Il sait que son état est désespéré, mais il veut croire à la force de la vie, à sa propre force, à sa propre vie. Il le veut pour son père, pour sa soeur Maria et pour Victor, son jeune frère. Il le veut surtout pour Marguerite. C’est à elle qu’il pense pour supporter les traitements douloureux qui lui sont prodigués. Marguerite, elle porte le prénom de la mère qu’il n’a pas connue, qui lui a tant manqué dans les premières années de sa vie, il imagine qu’elle lui ressemble, une brune à la peau de miel clair et translucide, aux yeux bruns lumineux. Il aime ses doigts fins quand elle lace ses bottines ou lorsqu’elle joue avec son sautoir de perles. En pensant à elle, il se détache de son corps si douloureux, de sa respiration si difficile, de ses mouvements si contraints et sa conscience ainsi modifiée l’aide à dépasser sa souffrance.

Ses parents, son père Désiré et sa femme Jeanne ‐ elle l’a élevé comme son propre filsarrivent d’Arlon en voiture dans l’après‐midi, inquiets mais plein d’espoirs, malgré le pronostic sombre annoncé par les médecins. Victor est là aussi, grandi et presque jeune homme. Louis est rassuré de les voir, comme un enfant qui se sait protégé par ses parents aimants et responsables. 

Ils se parlent, plus avec les yeux qu’avec la voix, plus par le regard que par le sens des paroles. 

Louis est fatigué mais tranquille, il sent qu’il peut enfin se reposer.

Il s’endort à vingt heures trente, il ne se réveillera plus.

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